Il y a aujourd'hui 6 ans, jour pour jour, que je me suis rendu possesseur de cette Peugeot 406. 6 ans que j'ai plaisir à la conduire et il m'a paru tout naturel de vous faire partager mes impressions et la vie de ma voiture à l'occasion de cette date anniversaire. Je commencerai toutefois par l'histoire proprement dite de son achat, car elle est un peu atypique, comme vous pourrez le constater.

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Le contexte de l'achat

J'ai fait l'acquisition de cette voiture dans des circonstances un peu particulières et urgentes. Début Janvier 2009, alors que j'étais étudiant à l'université Paul Sabatier de Toulouse, j'ai eu un accident sans conséquence corporelle avec ma Honda Accord 1.8L noire (qui venait tout juste de terminer son rodage, puisqu'elle affichait un peu plus de 150.000km), mais qui lui coûta la vie. C'était l'un des rares jours de neige à Toulouse, et, après un trajet jusqu'à la faculté sans réelles difficultés puisqu'il suffisait de rouler dans les traces laissées par les autres voitures, en arrivant sur le parking de mon UFR, je me suis aperçu que celui ci était en plus recouvert d'une belle couche de verglas. Résultat: un beau "tout droit" m'a fait heurter une marche de trottoir assez haute. La roue avant gauche a tapé quasiment de profil, causant de coûteux dégâts (demi-train avant lourdement endommagé, triangle HS, berceau moteur arraché).

Considérant les 13 ans d'âge de cette pauvre Honda et sa faible valeur vénale, les réparations étaient économiquement inenvisageables. Le devis de réparation s'élevait à plus de 4000 euros, rien qu'en pièces. Un ami aimant la bricole et détestant le gâchis réprésenté par une auto envoyée prématurément au rebut, a décidé de me la racheter en l'état pour quelques centaines d'euros dans l'espoir de la faire rouler à nouveau. L'affaire était entendue et il s'est chargé de la logistique en m'envoyant un transporteur en camion plateau pour l'enlèvement et le rapatriement chez lui, dans le Loiret. Au revoir, Honda Accord... 

Il me fallait donc une nouvelle voiture rapidement, et selon certains critères. Une berline essence confortable, fiable, dotée d'un bon comportement routier, bien motorisée mais pouvant être utilisée au quotidien sans se montrer dispendieuse, (c'est ce qui a disqualifié le V6 3.0L sur la 406: l'assurance était prohibitive pour mon petit bonus d'époque...), avec au maximum 150.000km, le tout pour un budget inférieur à 6500 euros. La 406 a rapidement constitué la position de tête dans ma short-list: j'ai toujours aimé sa ligne, et, j'avoue un faible pour Peugeot dans les marques dites "généralistes". Ma première voiture était une 405 Turbo D phase 2 dont je garde un excellent souvenir. En autres choix, j'avais retenu l'Alfa Romeo 156 en 1.8 ou 2.0 Twin Spark, mais la petitesse de l'habitacle et du coffre m'ont dissuadé, la Laguna II 2.0T, mais en phase 2 pour bénéficier d'une fiabilité retrouvée, or seules les phase 1 se trouvaient dans mon budget, et les Volvo S60 2.4 / 2.4T étaient aussi en dehors de celui ci. 

Au final, la 406 représentait le bon compromis. Modèle au desssin qui me plaît, éprouvé en matière de fiabilité, reconnu pour son confort, sa tenue de route et son agrément de conduite, et dont j'ai toujours aimé la présentation dynamique de la version ST Pack Sport. J'avais lu et entendu du bien du moteur 2.2 16v 160ch, partagé avec la 607 et remplaçant l'ancien 2.0 Turbo CT, et je me renseigne alors sur divers fora, en quête de retours d'expériences sur ce moteur. En synthèse, les utilisateurs décrivent un moteur souple et performant à la demande, très discret, peu gourmand en carburant et sans réel point noir sur le plan fiabilité. Banco. Je me lance donc à la recherche de la 406 2.2 essence ST Pack Sport "parfaite", en bleu Piana idéalement. 

Après avoir trouvé celle qui semble correspondre à mon cahier des charges sur un site bien connu d'annonces automobiles, une 2.2 ST Pack Sport, bleu Piana, 120.000km, distribution à jour, avec le régulateur de vitesse et le pack hifi JBL en option, située en banlieue parisienne, dans les Hauts-de-Seine et affichée 5000 euros. Je contacte le propriétaire par mail. Pas de réponse dans les jours qui suivent. Je retourne sur l'annonce: il y a un numéro de portable. J'appelle... et je tombe sur la messagerie. Aucun rappel dans les jours suivants malgré un message expliquant mon intérêt pour le bien mis en vente. Je retente ma chance par un appel quelques jours plus tard. Toujours la messagerie. En espérant être enfin rappelé, je continue mes recherches, dans un certain "coin", bien connu lui aussi des acheteurs et des vendeurs.

Je tombe sur un bel exemplaire en apparence, 99.000km, de décembre 2000, située à Moulins, apparemment très bien entretenue, sans option particulière mais... gris quartz. Je n'ai rien contre cette couleur mais le bleu Piana reste mon choix coup de coeur. J'envoie un mail demandant un supplément de photos et quelques précisions sur la voiture. Réponse le soir même avec un dossier "zip" d'une vingtaine de vues, détaillées et générales, de la voiture, qui présente apparemment très bien, et un véritable récit de sa vie. Ça sent le "bagnolard" qui aime son auto... J'aime ça. Cette 406 est donc la seconde voiture du foyer, le propriétaire partage avec son épouse une voiture de quotidien, et roule en moto les jours de beau temps. Cela me met de plus en plus en appétit: une voiture qui est épargnée par le quotidien et tous les aspects négatifs qui en découlent: trajets répétés à froid, coups de portières sur les parkings de supermarchés, griffes de stationnement. 

Je prends aussitôt mon téléphone pour discuter de tout cela de vive voix. Le monsieur me répond et nous passons une bonne demi-heure à échanger. Une discussion au cours de laquelle j'apprends que cette auto dort toute l'année en garage fermé, qu'elle ne sort que pour les week-ends et vacances, qu'elle est vidangée annuellement à l'huile synthétique car "une fois par an c'est pas plus mal... même si le constructeur préconnise 2 ans ou 30.000km, les économies de bouts de chandelles c'est pas mon truc." Je n'ai maintenant plus de doutes: ce monsieur pense de la même façon que moi: tout ça est décidément de bon augure. 

Il me propose de m'envoyer un mail comportant de nouvelles photos ("si vous êtes loin, c'est important que vous puissiez la voir sous toutes les coutures. Je ne veux pas que vous découvriez quelque chose si vous venez la voir."). J'accepte. Ma messagerie notifie peu après un nouveau mail, avec des photos où l'auto semble neuve. J'ai le coup de coeur. Il me la faut. Je rappelle et nous fixons un rendez-vous, ce sera donc le samedi 24 Janvier 2009, muni d'un chèque de banque de 5900 euros que je me rends en Auvergne, sur un coup de poker, sans avoir discuté le prix de l'auto (le coup de coeur je vous dis, d'autant que je considère les quelques sous que j'ai pu obtenir de l'épave de la Honda, tant je la croyais vouée à la casse, comme la ristourne sur la nouvelle...). Muni d'un simple billet aller, je suis tellement sûr de moi que je n'envisage même pas l'hypothèse où la voiture ne me plairait pas. 

L'expédition

Le mot peut sembler un peu fort, mais pourtant, il s'agissait bien d'une expédition. Vu la faible desserte pour relier Toulouse à Moulins, je n'ai que deux choix. Rouler toute la journée dans différents trains et arriver là-bas vers 19h30, pour ensuite rentrer de nuit par un temps de chien (la tempête Klaus du 24/01/2009), cela ne me séduit pas vraiment, ou alors, prendre un train couchette à la gare Matabiau à minuit et quelques, qui me fait arriver à Vierzon à 5h du matin, d'où j'aurai deux heures et quelques d'attente pour prendre un TER qui m'amènera à Moulins en 1h30 environ. Va pour le "Corail Lunéa" et sa suite princière. Une fois arrivé à Vierzon après avoir somnolé plus que dormi dans un wagon à 4 couchettes, je peux vous garantir que dans le hall de la gare, emmitouflé dans un gros blouson, écharpe autour du cou et gants aux mains, avec mon ordinateur sur les genoux et un casque sur les oreilles pour regarder un film jusqu'à la mise en place du TER, la question qui trottait de façon redondante dans mon esprit était la suivante: "mais qu'est ce que je fais là ?" 

Le temps passe bon gré mal gré et il est 7h. Le TER est annoncé, je ferme mon ordinateur, me lève et me dirige à son bord. Le départ est donné à 7h15 comme prévu. Je ne suis plus très loin de ce qui sera bientôt ma nouvelle voiture. Ouf... Arrivé à Moulins, je sors de la gare et un Monsieur sort d'une Laguna I 1.8 absolument stupéfiante de propreté. Si la voiture "besogneuse" assumant le quotidien est dans un tel état, je peux raisonnablement m'attendre à voir la 406 avec les sièges sous housses de protection ! "Je voulais venir avec la 406 mais j'ai plutôt pensé vous laisser la découvrir en ouvrant le garage !" Cette Laguna est donc la voiture de quotidien utilisée par le vendeur. Elle est aussi impeccable à l'intérieur qu'à l'extérieur. Une propreté clinique. Je jette un oeil au compteur: il affiche 260.000km passés. "Si la 406 ne me convient pas, je repars avec celle là !" Lancé-je à mon chauffeur. 

La découverte

Nous arrivons à son domicile, vient le moment d'ouvrir la porte du garage... Et là, comment dire ?... C'est encore mieux que sur les photos. Le brillant de la peinture, les jolies jantes "Ouragan" sans le moindre choc, l'intérieur immaculé... Le seul petit défaut, dont j'avais été informé par une photo spécifique, concerne un petit accroc sur le pare choc arrière, facilement rattrapable par un bon carrossier. Vient le moment de l'essai routier. Le vendeur me tend les clés, je règle ma position de conduite et les rétroviseurs, contact. Le moteur se réveille dans la discrétion et je sors du garage. La voiture étant froide et pas (encore) à moi, je laisse gentiment chauffer le moteur (le tableau de bord renseigne sur la température d'eau et, plus rare, d'huile). J'ai le sentiment plaisant d'une voiture facile et très douce, tant sur le plan mécanique qu'au niveau des commandes. Je n'accélère pas fort mais déjà, le moteur semble disponible à bas régime et il montre sa capacité à reprendre sans sourciller. Je suis les indications de mon passager car je ne connais évidemment pas le coin, et quelques kilomètres plus loin, nous arrivons sur une belle route. Les aiguilles indiquent que le moteur est à température, je peux donc accélérer plus franchement. 

Je suis en cinquième à environ 80km/h et je tombe la troisième afin de tester les capacités de reprises "pied dedans". Effectivement, ce moteur a la santé ! Cela me change de mon ancienne Honda, affublée d'une boîte aux rapports très longs, trop longs pour le couple un peu maigre et haut perché du 1.8 16 soupapes. Ah, la fiscalité d'époque qui obligeait à ce genre d'étagement pour rester dans la catégorie "7CV"... Là au moins, les dépassements ne seront qu'une formalité. Je teste sur les rapports supérieurs, la réponse est là aussi: pas brutale mais constante. Ce moteur peut tout à fait s'utiliser sous 3000trs, à la façon d'un diesel, tout comme s'aventurer au dessus de 4000 avec une belle allégresse. Côté tenue de route, stabilité du freinage, ressenti de la direction, tout va bien aussi côté châssis. La désolation d'avoir rendu hors-service ma Honda dans la fleur de l'âge s'estompe pour laisser place à la joie d'accueillir cette 406. Emballez, c'est pesé: je la prends ! 

Le trajet du retour

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à la banque du vendeur afin que je lui paie l'auto. Une fois le chèque de banque encaissé, retour à son domicile pour remplir les papiers autour d'un café. Les formalités faites, je lui promets que son ex voiture est entre de bonnes mains et qu'elle continuera d'être soignée. Il me répond qu'il n'est pas inquiet à ce niveau puis me souhaite bonne route et me demande de lui passer un petit coup de fil dès mon arrivée afin de s'assurer que tout s'est bien passé, la météo n'étant pas au beau fixe comme dit précédemment. 

Après un trajet effectué à allure tranquille, vu la pluie (voire la neige sur l'A71, en direction de Clermont Ferrand) et le vent latéral, accompagné de CD choisis pour l'occasion (Dire Straits, Joe Cocker, Toto...) j'arrive chez mes parents en fin de journée, enchanté de mon acquistion et sans avoir eu l'ombre d'une seconde la sensation de ne pas être en sécurité, malgré les nombreuses branches d'arbres jonchant les routes, à mesure que je regagne mon sud-ouest natal.

Après 80 000km parcourus à son volant, j'ai aujourd'hui le même sentiment de sécurité et de confort sur n'importe quel trajet que j'effectue. Toutefois, eu égard à la longueur de ce récit, mes impressions détaillées sur l'auto, ses qualités et défauts, et les éléments concrets (coûts d'usage, entretien, fiabilité...) feront l'objet d'une seconde partie. Après tout, lorsque l'on voit les centaines de pages sur Internet recensant les utilisateurs mécontents de leur voiture, je peux m'autoriser le luxe de parler deux fois de la satisfaction que j'ai de ma voiture, non ? :) 

Quelques photos en attendant le deuxième volet... 

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Anthony Desruelles