Nous sommes le Vendredi 15 mai, nous venons de prendre un copieux petit-déjeuner à l’hôtel où nous sommes descendus à Stuttgart. Je me suis contenté de la version « sucrée » pour ma part, mon estomac n’étant pas configuré pour la charcuterie en ces heures matinales. Nous allons régler la chambre puis, nous mettons le cap sur la Bavière, à environ 220 kilomètres de Stuttgart, pour conclure notre périple par le BMW Welt à Munich et l’Audi Forum à Ingolstadt.

C’est alors qu’au cours d’une manœuvre pour atteindre le lecteur de cartes autorisant la levée de la barrière de sortie, un événement inattendu et contrariant se produit. Le pneu arrière droit de la Mercedes Classe E de mon compère rencontre une bordure saillante. Sanction immédiate : crevaison avec déchirure importante sur le flanc. Le pneu n’est pas réparable, il faut que nous procédions à son remplacement dans un laps de temps rapide afin de prendre la direction de Munich au plus vite.

Le changement d’une roue est, d’ordinaire, une opération somme toute bénigne, mais en ce cas précis, les choses ont été quelque peu différentes. Après avoir mis la voiture sur le cric, puis ôté les goujons : la roue est impossible à sortir. Nous y sommes allés en force, à quatre mains et rien n’y fit. Nous sortons du parking souterrain pour rejoindre le parking extérieur afin d’appeler l’assistance Mercedes. La procédure est assez rapide, l’opérateur prend note de tous les éléments de notre infortune afin de les transmettre à ses homologues allemands. Il nous informe que nous serons rappelés dans environ 45 minutes pour nous donner l’heure approximative d’arrivée de notre sauveur. Effectivement, 45min plus tard, le téléphone sonne et on nous annonce, en anglais, que le dépanneur est en chemin mais que le trafic dense le retardera d’une vingtaine de minutes. Puis, une demi-heure plus tard environ, nous voyons arriver un fourgon Vito arborant un lettrage « Mercedes-Benz Service ». Ouf. C’est le début de la délivrance. Laissons « l’homme de l’art » nous tirer enfin de ce mauvais pas.

Non sans mal, le mécanicien est parvenu à enlever cette maudite roue, en tapant à grands coups de maillet sur l’intérieur du pneu. Vraisemblablement, l’oxydation entre la fonte du cache moyeu et l’aluminium de la jante était la cause de cette roue récalcitrante. Appliquer un peu de graisse cuivrée dans cette zone de temps en temps semble être un bon moyen d’éviter ce scénario.

Après avoir installé la roue temporaire, nous suivons le Vito jusqu’à la concession Mercedes de Herrenberg, ville située à une trentaine de kilomètres de Stuttgart, où nous sommes attendus pour remplacer le pneu. Le trafic aidant, nous n’avons pas l’occasion de pester contre la vitesse maximum de 80km/h induite par la galette. Une bonne demi-heure plus tard, nous arrivons au garage. La prise en charge est rapide, et un nouveau pneu est monté une grosse vingtaine de minutes après. Nous nous en sortons pas si mal que cela.

Il est environ 13h. Nous avons perdu 3h30 et mettons le cap sur Munich, avec à l’esprit, le fait que, par la force des choses, la visite de l’Audi Forum, prévue initialement comme dernière étape avant le retour, passera à l’as. 

Environ deux heures de route plus tard (l’autoroute comportait de nombreuses zones de travaux et un trafic dense, les zones de vitesse libre n’ont donc pas permis de rattraper ne serait-ce qu'une partie du temps perdu), nous arrivons sur les premiers faubourgs de Munich, et nous nous dirigeons vers l’adresse qu’indique le GPS : « Am Olympiapark ». La zone attenante au parc olympique regroupe l’Etat Major de BMW, la fameuse tour « Vierzylinder », que nous voyons poindre à quelques centaines de mètres, le BMW Welt, grand showroom dédié à la période contemporaine, pour présenter la gamme actuelle et les nouveautés, et le BMW Museum, qui est relié au « Welt » par une passerelle enjambant la LerchenauerStraße.

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Comme pour les précédents musées, nous accédons au « temple » de la marque à l’hélice en entrant dans un parking souterrain, depuis lequel nous prenons un ascenseur qui nous mène au rez-de-chaussée du BMW Welt. 

Impressionnant. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce qui m’entoure une fois sorti de l’ascenseur. L’univers BMW imprègne cet endroit effervescent qui fourmille de visiteurs, preuve, s’il en fallait une, de l’attrait exercé par la marque sur le public.

Nous avons ainsi pu croiser la 340i, qui remplace la 335i dans la gamme haute Série 3 hors « M », le fleuron de la gamme actuelle (en cours de remplacement), est également présent la Série 7 F01, en version 750i Xdrive, de même qu’un espace dévolu à Rolls-Royce, qui expose l’impressionnante Phantom, portières ouvertes, la marque étant détenue par BMW. 

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En outre, ce bâtiment abrite également un Showroom Mini, la boutique BMW/Mini et un espace dédié aux créations de Motorsport, le département sport de BMW, qui fait la part belle aux dernières M3 et M4. Les modèles électriques i3 et i8  ne sont pas oubliés et ils disposent d’un genre de mezzanine à la décoration en bois clair et aux éclairages bleutés pour rappeler l’univers techno/écolo. L‘étage nous permet d’accéder à une vue plongeante et imprenable sur tout ce que nous venons de voir. 

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Par ailleurs, nous pouvons également admirer un genre de rampe en colimaçon sur laquelle circulent des voitures. Il s’agit de la zone de livraison : les clients qui le souhaitent peuvent prendre possession de leur véhicule neuf au BMW Welt. Les voitures livrées sont montées par ascenseur, puis repartent via cette rampe, qui donne tout simplement… sur la rue. Spectaculaire idée. 

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Au bout de l’allée que nous arpentons, se trouve un sas, qui lui même nous fait arriver sur la passerelle d’accès au Museum, et depuis laquelle nous avons une vue parfaite sur la tour du quartier général et sur le BMW Werke, usine où sont assemblés des Série 1, Série 3 et Série 5 et des moteurs. Une fois arrivés sur l’esplanade du Museum, nous nous retournons pour admirer l’architecture hors-normes du Welt. Ce bâtiment tout de verre et d’acier est soutenu par une grande colonne formant un double cône en spirale. Compte tenu de l’atmosphère très « design » régnant à l’intérieur, il ne pouvait pas en être autrement. C’est un chef d’œuvre d’architecture moderne qui ne manque pas de susciter l’étonnement, y compris chez un public moins mordu par la chose automobile que nous. 

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Nous pénétrons dans le Museum, à la forme extérieure de coupole. Ce musée a été inauguré en 1973 et a fermé ses portes en 2006, pour des travaux d’agrandissements et de rénovations, et a rouvert en Juin 2008. Le BMW Museum s’inscrit bien dans la lignée de ses homologues visités à Stuttgart : il est réellement surprenant et traduit les moyens déployés par la marque pour valoriser son passé. D’une surface de 10.000m2, dont 5000 dévolus aux expositions, il comporte 25 espaces d’expositions, reliés par des passerelles, et 7 « maisons thématiques »  sont présentes, comme par exemple, « la maison du style », « la maison de la moto », « la maison des sports mécaniques », « la maison Motorsport »… 

En entrant dans le bâtiment, le ton est donné : nous sommes accueillis par d’anciennes berlines, notamment une 502 V8 des années 50 et une superbe « E3 » 3.0S, qui deviendra ensuite la Série 7. C’est à partir de l’après-guerre, contrairement à Mercedes-Benz, que les BMW franchirent un cap vers le luxe, justement afin d’apporter une réponse crédible à la firme de Stuttgart. Les modèles présents jusque là n’étaient pas aussi opulents que ceux de l’étoile, dont le prestige fut bâti sur plusieurs décénnies, ils faisaient même plutôt pâle figure. 

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Puis, en arrivant près des caisses, nous pouvons admirer un exemplaire du prototype « Turbo » signé par Paul Bracq et motorisé par le bloc de la 2002 Turbo. Cette étude de style présentée en 1972 servira de base à la M1 qui ne fit son apparition qu’en 1978, chocs pétroliers obligent. 

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Une fois les billets achetés, la visite proprement dite peut démarrer. Nous commençons avec une partie qui constitue l’origine de la production de BMW : les moteurs d’avions et les motos, activité qui se développa notablement après la Première Guerre Mondiale, suite aux interdictions établies par le traité de Versailles. La production automobile débuta en 1927 avec la 3/15 "Dixi". Une version utilitaire de la 3/15 PS, datée de 1930, est exposée au bout de l'allée. 

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Nous arrivons par la suite dans l’univers des sports mécaniques, avec des autos de compétition : 328 Superleggera, 3.0 CSL Formule 1 Williams… En chemin, nous empruntons une passerelle offrant une vue réjouissante : la gamme des années 70 empilée. De bas en haut : une Série 3 « E21 », une Série 5 « E12 », une Série 6 « E24 » et une Série 7 « E23 ». L’époque où l’avant des BMW était désigné par l’image symbolique du nez de requin (Sharknose)… 

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La salle suivante expose un modèle clé pour la marque : la Série 3. Celle-ci est fort logiquement au centre des évènements, car 2015 est l’année de son quarantenaire. Pas de crise de la quarantaine à l’horizon : le concept de berline cossue et dynamique se porte très bien, si l’on en croit le succès qui ne se dément pas, génération après génération. 

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J’avoue, à titre tout à fait personnel bien sûr, une petite préférence pour deux versions : l’E30, car elle fut la première à se décliner sous plusieurs carrosseries, comme c’est encore le cas aujourd’hui (coupé, berline, break « Touring » et cabriolet), et la première à arborer la mythique lettre M avant le chiffre (et de fort belle manière : la M3 E30 est l’un de mes coups de cœur de la marque, toutes époques et catégories confondues), et ensuite l’E46, pour son côté intemporel, son aboutissement technique, sa qualité de fabrication, ses 6 cylindres atmosphériques, et la nostalgie de mon adolescence, durant laquelle cette génération était commercialisée. J’ai toujours eu la conviction qu’un coup de crayon d’une élégante simplicité faisait traverser les années avec succès. C’est parfaitement le cas sur une Série 3 E46. Toujours de mon point de vue, évidemment. 

Nous poursuivons la visite et nous nous arrêtons dans diverses salles, de thématiques différentes : les publicités BMW, le design, représenté par une maquette en clay à l’échelle 1 de l’actuelle Série 3, puis en dessous de cette salle décorée par une étonnante mosaïque, se trouvent des modèles au style emblématique de diverses époques : une 328 « Mille Miglia », un coupé 3.0 CSi, le concept « Vision » présenté au salon de Francfort 2009, duquel découlera l’i8… 

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La salle suivante n’est pas sans nous interpeller, elle non plus. Elle regroupe quelques uns des roadsters emblématiques de la marque, toutes époques confondues,  de la 328, celle par qui la spécialité maison, le six cylindres en ligne, arriva, à la Z8. Cette dernière est d’ailleurs une réplique de celle utilisée par Pierce Brosnan dans « Le Monde Ne Suffit Pas », et elle est même accompagnée du Z3 bleu ciel de « Goldeneye ». Sans oublier la sublime 507 des années 50, dont Elvis Presley posséda un exemplaire, et la Z1 avec son étonnante cinématique de portières « verticales ». 

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En poursuivant la visite, nous traversons une petite salle qui expose deux modèles emblématiques des années 60: l'Isetta, curieuse petite voiture à moteur de motocyclette et porte frontale, et la 2002 Tii, coupé 4 places de la série "02" disposant d'un moteur 2 litres à injection mécanique (il existait également une 1602, dotée quant à elle d'un 1.6 litre), procédé encore peu répandu en grande série à l'époque. Cette voiture est l'ancêtre de la Série 3, puisqu'elle est une évolution de la 1600 / 1602, qui précéda la Série 3 E21. 

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La salle d'après est consacrée à Motorsport, le préparateur officiel de BMW, qui s’est fait une spécialité des moteurs de caractère, ayant une affection particulière pour les hauts régimes. Le choix des modèles est tout à fait judicieux, les voitures emblématiques sont là : la M3 E30, la M1, la M635 CSi, la M5 E28, le Z3 M et la M3 E46 CSL. 

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La fin du parcours s’approche, et en guise de dessert (un bavarois, natürlich…), nous avons à nouveau un clin d’œil aux quarante ans de la Série 3 : un peu sur le même modèle de ce qui se faisait au musée Mercedes: des vitrines présentent les évolutions des optiques et des volants, et l’évolution stylistique du modèle, puisque derrière, une 323i E21 et une 330i F30 posent côte à côte. Il est dommage que l’appellation 330i n’indique plus la présence d’un six en ligne, mais il reste tout de même aux mélomanes adeptes du "six pattes", la 340i et la M3 vues précédemment au Welt. 

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C’est sur cette dernière image que nous allons prendre un verre bienvenu après deux bonnes heures de promenade parmi les BMW qui ont marqué l’histoire, avant de prendre la route du retour. Cette épopée germanique touche, déjà, à sa fin et nous laisse songeurs. Comment notre pays, pourtant voisin, peut-il avoir une vision si différente, voire si opposée de l’automobile ? La réponse est dans le bilan des trois visites : l’Allemagne est fière de son patrimoine automobile, de son industrie, de son aura. Les marques n’ont pas hésité à ériger de véritables « cathédrales de l’automobile » mettant en valeur un savoir-faire, quand nous, nous avons presque honte de tout ce que nous avons produit après-guerre, nous nous avouons de suite vaincus, nous cultivons une pensée « A minima » excluant la moindre once d’ambition, et enchaînons les stratégies industrielles perdantes. Le postulat des constructeurs allemands fait l’objet d’un consensus qui pourrait se résumer ainsi, pour reprendre les mots de Frédéric Lardenois à propos de la dernière Porsche 911 GT3 RS, dans le dernier numéro d’Option Auto : « Un avenir radieux ne s’envisage que sur les bases d’un passé solide ». Voilà une phrase que les constructeurs français pourraient reprendre judicieusement à leur compte, afin de méditer dessus.

Toutefois, ne tombons pas dans des propos excessifs et généraux. La France a bien d’autres atouts : sa gastronomie, sa richesse patrimoniale et culturelle, son exceptionnelle diversité de paysages… Mais, pour des amoureux de l'automobile, le sentiment d’être né du mauvais côté du Rhin ne peut que se faire ressentir à la suite de ce périple.

L’Audi Museum Mobile a malheureusement du être évincé du programme suite aux aléas ? Qu'à cela ne tienne ! Voilà une excellente raison de revenir et de recommencer le parcours à l’identique, comme s’il n’y avait jamais eu de crevaison… 

Texte : Anthony Desruelles
Photos :  Anthony Desruelles et Nicolas Fourny