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L'expédition allemande que j'ai retracée à travers les photoreportages des musées Mercedes, Porsche, et BMW, comportait près de 2000 kilomètres sur deux jours mais cela s'est fait sans fatigue aucune car nous disposions pour cela d'un "outil" fort adéquat: la Classe E 250 CDi "W212" de mon ami Nicolas, également co-auteur à ses heures sur ce blog. Lors du trajet aller, je n'ai pas eu l'occasion de prendre le volant, car le temps est passé très vite, et à part un petit arrêt gazole-café-croissants dans une station d'autoroute près de Reims, nous n'avons pas marqué de pause.

En discutant de tout et de rien, nous sommes finalement arrivés assez rapidement à Stuttgart. C'est donc le chemin du retour qui m'a donné l'occasion de découvrir à la fois la conduite sur le réseau autoroutier allemand, et celle de la génération de Classe E actuelle. Il s'agit d'une version Avantgarde, dotée du 4 cylindres diesel le plus puissant de la gamme, le 2.2L CDi Blue Efficiency qui développe 204cv, associé à une boîte automatique à 5 rapports. Même si je dois avouer que cette génération de Classe E n'est pas ma préférée, cet exemplaire avec sa belle couleur "chocolat", ses jolies jantes et son intérieur cuir crème présente d'une toute autre façon qu'un taxi en finition de base, gris métal avec intérieur tissu noir, et ne me laisse finalement pas indifférent. Voici donc un condensé de mes impressions. 

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Prise en main

Nous nous sommes arrêtés sur une aire d'autoroute non loin d'Ingolstadt pour ravitailler la voiture et prendre une collation en vue d'assurer les quelque 800 kilomètres qui nous attendent. Une fois rassasiés, je suis invité à prendre le volant. Je m'installe donc et comme je suis d'une taille comparable à l'habituel commandant de bord, je n'ai absolument rien à modifier dans la position du siège, du volant, ou des rétroviseurs. Mes impressions, vécues en tant que passager, se confirment: la qualité de fabrication est indéniable. De beaux matériaux, qui inspirent la solidité, et des assemblages soignés caractérisent cet habitacle. Bref, c'est construit pour durer. Pied droit sur le frein, boîte automatique sur "P", je donne un tour de clé. Le 2.2 litres CDi biturbo se réveille discrètement, puisqu'il est déjà en température.

En bonne Mercedes, le frein de parking est un frein "à pied", qui se déverrouille via une poignée située sous la commande d'allumage des phares. Conducteur habituel d'une voiture à boîte manuelle, je recule dans un premier temps ma jambe gauche, afin d'éviter la tentation de vouloir "débrayer" et nous envoyer dans le pare-brise. Je déplace le sélecteur sur "R", je quitte doucement la place de parking en dosant la pédale de frein, puis, je le place sur D en direction de la sortie de l'aire et de la voie d'accélération. J'écrase l'accélérateur. S'ensuit une jolie poussée qui nous amène rapidement à une allure de croisière française. Avant de profiter des zones de vitesse libre, je souhaite d'abord me familiariser avec cette voiture que je découvre. 

A dire vrai, je prends vite mes marques. Une fois que les spécificités Mercedes sont expliquées par mon copilote à l'habitué des Peugeot que je suis, (unique commodo pour le passage feux de croisement / feux de route, clignotants et essuie-glace, fonctionnement du régulateur/limiteur de vitesse...), je me trouve en confiance et, comme nous nous trouvons pour le moment sur une zone limitée, je règle le Tempomat sur 123km/h, la limitation usuelle étant à 120km/h. Le moteur tourne à un peu plus de 2000trs/min et se fait totalement oublier, je goûte au côté pratique du clignotant séquentiel: une pichenette déclenche une série de 3 clignotements: très pratique pour doubler ou changer de file. 

L'Autobahn: comportement à adopter

Dès les premiers kilomètres, une chose m'a frappé en tant que novice de la conduite en Allemagne: la rigueur dans le comportement des automobilistes. Ici, les distances de sécurité sont respectées, les clignotants sont mis systématiquement pour doubler comme pour se rabattre, la prise en compte d'autrui est autrement plus développée qu'en France... Par exemple, vous ne verrez quasiment jamais d'appels de phares. C'est une attitude très mal perçue (à juste titre). Même le fait de conserver le clignotant gauche enclenché longtemps sur la file de gauche est vu comme une impolitesse. 

Concernant la vitesse, tordons le cou d'emblée aux idées reçues. Non, les autoroutes allemandes ne sont pas systématiquement dépourvues de limitations de vitesse. Comme je l'ai mentionné plus haut, hors zones libres, la limitation normale est de 120km/h, et elle peut être ramenée à 100, 80 voire 60km/h dans les zones de travaux, plus nombreuses qu'en France. Dans ces zones limitées, tout le monde respecte les vitesses prescrites. Que ce soit une Polo 1.2L ou une 911 Turbo S. La rigueur allemande n'est décidément pas un mythe. 

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Puis, lorsqu'apparaît ce panneau, cela indique l'entrée en zone de vitesse libre. Autrement dit: Feu à volonté ! J'enfonce la pédale de droite au plancher, la boîte tombe deux rapports et les 500nm disponibles entre 1400 et 4000trs font le reste. 140, 150, 160, 170, 180... déjà... J'avoue que j'ai perdu l'habitude de ce genre de vitesse en tant que conducteur. Et vous savez quoi ? Au risque de passer, auprès des pisse-vinaigre, pour un fou dangereux, un irresponsable à enfermer, qu'est ce que ça fait du bien ! 190, 200, 210... Le paysage défile, mais pour autant, il ne faut pas monopoliser la voie de gauche, qui est plus que jamais une voie de dépassement, et non une voie de circulation. Même si nous évoluons à allure respectable, nous sommes au pays des M5, RS6, Cayenne Turbo... et autres missiles sol-sol pouvant arriver à plus de 250km/h. Les règles à observer sur ces portions libres tiennent finalement du bon sens: projeter son regard le plus loin possible afin d'anticiper un ralentissement, contrôler régulièrement ses rétroviseurs, particulièrement lorsque l'on évolue sur la file de gauche, ne pas omettre de signaler ses changements de file et guetter l'apparition de panneaux de limitations. 

Quand un panneau 120 apparaît sur le terre-plein central, tout le monde joue le jeu. Retour à 120km/h au régulateur pour tout le monde. Jusqu'à la prochaine "récréation". Dès que le panneau de fin de limitation réapparaît, c'est reparti pour un tour de manège. Cependant, n'allez pas croire que j'emploie le terme de "manège" pour désigner autre chose que l'aspect récréatif de la chose... La conduite à grande vitesse se fait avec sérieux et prise en compte des autres, pas avec désinvolture. Je trouve même cela sécurisant car, premièrement, il n'y a pas de stress à avoir vis-à-vis des autres usagers, si vous les respectez ils vous respecteront, ici pas de collage et d'appels de phares à redouter, et d'autre part, cette façon de conduire demande une attention toute autre que la conduite "à la française" consistant à se mettre à 133km/h au régulateur et attendre que le temps passe, avec le cerveau trop souvent laissé sur "OFF". C'est vraiment très curieux, mais l'Allemagne compte moins d'accidents mortels consécutifs à de la somnolence au volant que la France... 

C'était d'autant plus flagrant que quelques jours après cette expérience, je traversais la France pour regagner mon sud-ouest natal. Constat sans appel: dans nos contrées, certains automobilistes ont manifestement un bail à leur nom sur la file de gauche, pour en exiger la jouissance exclusive à grands coups d'appels de phares, peut être 3 ou 4 voitures sur 100 signalent leurs changements de files par le clignotant, les gens déboîtent trop souvent sans un coup d'oeil préalable dans leur rétroviseur, par flemme ou peur du radar, la majorité des voitures qui doublent le font sans toucher au régulateur, avec un delta de 2km/h qui rend le dépassement interminable et qui induit le fait de venir se rabattre juste devant son capot... On ne parle décidément pas de la même chose. 

Impressions de conduite

Revenons en Allemagne, à bord de la W212. Cette voiture semble ici dans son élément naturel. D'une stabilité impériale, d'un grand confort avec des sièges fermes juste ce qu'il faut, une position de conduite parfaite, remarquablement insonorisée et dotée d'un moteur à la grande réserve de couple, propre à grimper promptement à 200km/h et à effacer les côtes, elle donne une grande impression de facilité. Si elle pouvait parler, je parie qu'elle dirait: "Fais moi le plein de gazole et je t'emmène faire 1200km d'une traite. Promis, tu ne seras pas fatigué en arrivant." 

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J'ai la conviction qu'une voiture bien conçue met rapidement en confiance son conducteur. Les premiers kilomètres, voire les premiers mètres, doivent créer les conditions de l'aisance. Ce fut réellement le cas avec cette voiture. La preuve: rouler entre 180 et 210 en moyenne sur les portions libres, avec une jolie pointe à 232, ne m'a posé aucun problème. Les reprises sont excellentes grâce au coffre du moteur, bien exploité par une boîte automatique bien étagée et faisant très bien son job (je n'ai même pas voulu essayer la fonction séquentielle), le freinage donne entière satisfaction par sa puissance, sa facilité de dosage et son endurance (les passages de 200 à 120 furent nombreux...), et la direction est bien calibrée: ni trop ferme ni trop souple. En courbe rapide, la voiture s'inscrit précisément et elle ne bouge plus d'un pouce. Un vrai TGV. La nuit tombe: les phares au xénon se chargent d'offrir une bonne visibilité avec un faisceau large et profond. 

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Les kilomètres défilent, le temps passe, et j'avoue que j'ai redécouvert le plaisir que pouvait procurer la conduite sur autoroute. Après environ 400 kilomètres effectués, nous marquons un temps d'arrêt à une centaine de kilomètres de Sarrebruck. L'occasion pour moi de constater le génocide de moustiques dont je suis en partie responsable, puis d'aller boire un café et de redonner les commandes du vaisseau à son propriétaire. Je regarde, par curiosité, la moyenne de consommation indiquée par l'ordinateur de bord: un peu plus de 8 litres de moyenne. Compte tenu des vitesses pratiquées, des phases d'accélérations fréquentes... c'est très raisonnable ! D'habitude très porté sur l'essence, j'ai été vraiment bluffé par la réserve de puissance du moteur, et la capacité de la voiture à avaler les kilomètres. C'est clairement le point que je retiendrai en priorité de cette Classe E. Voici, en synthèse, les qualités et défauts que je lui attribue. 

Qualités: 
- Confort général (suspensions, sièges, insonorisation, position de conduite)
- Habitabilité 
- Sécurité du comportement
- Agrément général du moteur (puissance, souplesse)
- Boîte auto bien gérée et étagée
- Sobriété du moteur

Défauts: 
- Sonorité typée diesel à froid et en accélération
- Aides à la conduite un peu intrusives (Attention Assist)
- Absence de vraie roue de secours
- Connectivité un peu limitée (pas de port USB)

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Anthony Desruelles