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Privé de ma voiture depuis trois bonnes semaines, en raison de travaux à effectuer pour la maintenir dans l'état de santé optimal que je m'emploie à faire perdurer, je l'ai récupérée aujourd'hui, avec un support moteur neuf, toute l'étanchéité moteur refaite à neuf (joints spi de vilbrequin, d'arbres à cames, de pompe à huile et de boîte de vitesses), la courroie de distribution et la pompe à eau changées, et la boîte ipso facto vidangée, suite aux opérations pour la réétanchéifier. Un peu plus de 1000 euros au final. J'entends déjà ricaner les pisse-vinaigre, farouches partisans des raisonnements comptables, qui ramènent invariablement l'automobile à d'obscures considérations financières, occultant sans vergogne sa valeur d'usage, sa faculté à fournir, à tout moment, de la liberté.

"Dépenser de l'argent dans une vieille guimbarde de 15 ans qui ne vaut, pour ainsi dire, plus rien ? Mais tu es un fou à enfermer ! En plus ils font des reprises +2000 euros sur l'achat d'une Clio dci neuve... ça c'est une voiture moderne et “vertueuse", qu'attends-tu pour franchir le pas et mettre ton tas de ferraille polluant et obsolète au rebut ?" 

Eh bien non. Je ne suis pas prêt à "troquer" ma 406 2.2 16v affichant fièrement 183.000km et dans un état de fraîcheur qui me valent les compliments de chaque professionnel de l'automobile l'ayant eue entre les mains, pour une boîte à chaussures "vertueuse", dont les seuls critères de choix sont des considérations économiques. Vous voyez de quoi je parle ? Morceaux choisis: 

"Combien tu consommes ? Ah quand même !! Moi je suis à 3.84L aux 100km sur mon dernier plein ! Le résultat que je te donne est le vrai, fait à la calculette ! L'ordinateur de bord donnait 3.7L..." ou encore "Je la revends dans 3 ou 4 mois, je n'ai pas envie de trop perdre d'argent, surtout que je connais bien le commercial, il va me faire une belle ristourne sur la prochaine... Mais bon, ça ne devrait pas poser de problèmes: je l'ai prise en diesel et en gris métal. J'aurais bien pris une couleur un peu plus originale, mais tu sais ce que c'est, la revente, les gens tout ça..." 

Je vais me risquer à une lapalissade, voire une redondance puisque je l'écris déjà dans le petit préambule d'accueil de ce blog, mais j'aime l'automobile. A tel point qu'en récupérant ma voiture cet après-midi chez mon garagiste, qui a une fois de plus fait de l'excellent travail, j'ai eu envie de prolonger le trajet du retour afin de prendre la mesure du changement induit par le remplacement du support moteur: je n'imaginais pas que cette pièce pouvait à ce point influer sur le confort de conduite. A la clé: une douceur de conduite bluffante, une absence totale de vibrations, même la séquence de démarrage est beaucoup plus feutrée qu'auparavant... C'est le problème des organes s'usant progressivement: ils créent un phénomène d'accoutumance et on ne s'en préoccupe qu'en dernier recours, quand le défaut est flagrant. J'ai en effet été alerté par la secousse désagréable qui se produisait au passage d'un rapport ou à la décélération. Bref, lors de ce petit détour, je redécouvre mon auto, débarrassée de toute sensation "parasite". 

A tel point qu'après dîner, j'ai ressenti une irrépressible envie d'aller rouler. Sans destination précise. En improvisant. Juste pour le plaisir... Oui, par plaisir. Les khmers verts parleront quant à eux de "litres d'essence gaspillés, de CO2 honteusement rejetté et de kilomètres inutiles". C'est cette idée qui me fait aimer l'automobile depuis mon plus jeune âge. L'idée que l'on puisse, à tout moment, décider de prendre sa voiture pour aller où bon nous semble. Avec, finalement, très peu de contraintes. Pas de gare à trouver, pas de billets à acheter, pas d'horaires à respecter, la possibilité de prendre beaucoup de bagages, de transporter des objets spécifiques, fragiles, de s'arrêter en chemin pour admirer un coucher de soleil, prendre un café, atteindre directement un lieu précis... On monte dans sa voiture, et on s'en va. Ailleurs. A la mer, à la campagne, là où l'on en a envie, quand on en a envie, tout simplement. 

Dans cet état d'esprit, j'ai emprunté ce soir des routes gersoises désertes ou presque, sous un magnifique ciel étoilé, en enchaînant les virages de manière décontractée, avec un fond musical composé des Red Hot Chili Peppers, Francis Cabrel ou encore les Simple Minds, et en arborant probablement un sourire béat, témoignant de l'excellent moment que je passais. 

Voici en quelques photos, ce qui résulte de cette envie spontanée de balade nocturne improvisée... 

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Voilà pourquoi l'automobile reste et demeurera un formidable objet de liberté, n'en déplaise à ses détracteurs...

Anthony Desruelles