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Le 17 Avril prochain à midi heure française, sera donné le départ des 6 heures de Silverstone, course qui constitue l’introduction de la saison 2016 du championnat du monde d’endurance FIA WEC. Il s’agit de la seule discipline dans le monde du sport automobile que je suis avec intérêt et assiduité. Cela s’explique par plusieurs raisons que je vais vous exposer.

Des courses pleines de rebondissements

Le format des courses qui composent ce championnat est de 6 heures au minimum : de quoi ménager un suspense de haute tenue, entre les faits de course, les stratégies de relais, de ravitaillements, la variabilité des conditions climatiques, la gestion d’un souci mécanique… autant dire que si dans le sport automobile, rien n’est jamais acquis avant le franchissement de la ligne d’arrivée, c’est encore plus vrai en WEC : ainsi que l’a dit Enzo Ferrari : « pour arriver premier, il faut premièrement arriver. » 

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Un championnat à part entière depuis 2012 

Avant 2012, l’endurance automobile ne pouvait pas être suivie aisément. En marge des 24 Heures du Mans, les autres épreuves étaient des courses isolées et aux formats différents, non harmonisés : 1000km de Spa, 1000m de Monza, 12 Heures de Sebring… ces courses ont fait partie de l’ancien «Championnat du monde FIA des voitures de sport », puis, brièvement au début des années 2000, du championnat ELMS (European Le Mans Series), qui s’inspirait du championnat AMLS (American Le Mans Series). En revanche, elles ne bénéficiaient pas d’une couverture médiatique importante et il fallait regarder Motors TV à des heures inhabituelles pour espérer les suivre. Depuis 2012, une harmonisation a eu lieu : les courses sont regroupées dans un format de 6 heures, exception faite des 24 Heures du Mans, et Eurosport se charge de la retransmission. Le WEC a permis de façonner un championnat structuré et plutôt aisé à suivre, à condition de s’accommoder du décalage horaire (pour les 6h de Fuji ou de Sebring par exemple) induit par une retransmission en direct... mais très honnêtement, le jeu en vaut la chandelle. 

 

Plusieurs catégories de voitures courent en même temps

Une spécificité de ce championnat est la participation de quatre catégories en même temps : les LMP1 qui constituent la catégorie reine et regroupent des prototypes fermés, utilisant majoritairement un mode de propulsion hybride et dont les puissances avoisinent voire atteignent les 1000ch. Ensuite, les LMP2, des prototypes moins puissants, pouvant être ouverts ou fermés, d’un poids minimum de 900kg et enfin, les GT: des voitures « du commerce » (Ferrari 488, Porsche 911…) préparées avec rigueur pour la course et équivalentes en termes de rapport poids/puissance. A noter que les GT se scindent en deux sous-catégories : GTE Pro et GTE Am : la première requiert comme son nom l’indique, des équipages composés uniquement de pilotes professionnels, et la seconde est ouverte aux pilotes amateurs, à condition que l’équipage comporte au moins un professionnel. L'intérêt de cette spécificité réside dans le fait que les pilotes doivent être le plus partager la piste et faire attention les uns aux autres tout en se montrant le plus rapide possible: les GT sont des chicanes mobiles pour les LMP1... 

Les détails sur les catégories sont donnés ici . 

 

Des bagarres en course de tout premier plan

Dans chaque catégorie, des passes d’armes magnifiques ont lieu. Un véritable combat de nerfs entre pilotes pour savoir qui lâchera en premier. Voir au Mans pendant la nuit une Ferrari 458, une Porsche 911 RSR et une Corvette C7R se marquer à la culotte avec quelques dixièmes d’écart entre la première et la troisième, fait partie de ce que le sport automobile m’a offert de plus prenant à regarder. Regardez les extraits ci-dessous, cela vaudra mieux que des mots. 

Epic battle Audi vs Porsche during WEC 2015 Spa 6H

 

24 Heures du Mans 2014: battle lead in LM GTE Pro category

 

Une concurrence retrouvée qui a relancé l’intérêt des courses

L’hégémonie d’Audi au Mans entre 2000 et 2014 était telle, que le doute quant au vainqueur n’était guère permis. Il y a bien eu la Bentley Speed 8 qui remporta la mythique épreuve Mancelle en 2003, mais il s’agissait d’une voiture techniquement proche de l'Audi R8 : leur groupe motopropulseur était commun, les deux marques appartenant au groupe VAG. Quant à Peugeot, venu jouer les trouble-fête à partir de 2007 avec la 908 V12 HDi, en obtenant, notamment, une pole position à chacune des participations et un doublé en 2009, le retrait de la compétition dès 2012 laisse un goût amer, mais comme souvent chez PSA, "ça coûte trop cher et on ne peut pas se le permettre"... Avant le retour de Porsche, dont la 919 ne laissa aucune chance à ses rivales sur le plan des performances, Toyota a su tirer son épingle du jeu à plusieurs reprises, mais jamais lors de la grande étape Sarthoise... Pourtant, en engageant trois voitures au lieu de deux, cela aurait eu toutes les chances d'arriver, mais avec des si... 

 

Des pilotes français présents au plus haut niveau

A défaut d’écuries présentes en tête d’affiche, le WEC compte un bon nombre de talentueux pilotes français dans toutes les catégories. Citons par exemple Romain Dumas, Stéphane Sarrazin, Benoît Tréluyer ou Loïc Duval en LMP1, Nicolas Lapierre, Vincent Capillaire, Paul-Loup Chatin, Julien Canal, Nicolas Minassian… en LMP2, Patrick Pilet, Frédéric Makowiecki, Olivier Pla, Emmanuel Collard ou Pierre Ragues en LMGTE…

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photoProfileDe haut en bas: Romain Dumas et Benoît Tréluyer

 

Une F1 ennuyeuse et un WRC fantômatique

Entre une Formule 1 barbante depuis des années, technologique à outrance, dépourvue de suspense (unique manufacturier de pneus pour tout le plateau, interdiction des ravitaillements en course…) et dont le bruit des voitures ne peut que faire regretter l’époque des V12 et V10 atmosphériques, et un championnat du monde des rallyes dont le plateau est réduit à la portion congrue, avec seulement trois voitures différentes (Volkswagen Polo WRC, Hyundai i20 WRC et Ford Fiesta WRC), deux écuries d’usine (Volkswagen et Hyundai) et une couverture média à peu près inexistante, on ne peut pas dire que l’enthousiasme soit de mise. Qu’il semble loin le temps des bagarres entre les Sébastien Loeb, Gilles Panizzi, Marcus Grönholm, Tommi Mäkinen, Colin McRae, Petter Solberg… et les 206, Xsara, Lancer, Impreza, Focus…

 

Un plateau de marques diversifié

Porsche, Audi, Toyota en LMP1, Ferrari, Porsche, Aston Martin, Chevrolet en GTE Pro / Am… avec en plus pour cette année, le retour de Ford en GTE Pro, qui inscrira sa nouvelle GT. De quoi relancer la concurrence au plus haut niveau avec Ferrari, comme dans les années 60, et garantir un spectacle de qualité…

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Les 24h du Mans

Le WEC regroupe certes un beau panel de circuits prestigieux, parmi lesquels Silverstone, Spa-Francorchamps, le Nürbrugring, Sebring… mais aussi et surtout, Le Mans… les 24 heures du Mans, c’est LA course automobile la plus prestigieuse du monde, tout simplement… Elle reste l’épreuve phare du championnat, la plus immanquable de toutes les courses qui le composent. Avec un plateau aussi riche et un suspense retrouvé, elle s'avère plus que jamais le point d'orgue de ce que je considère comme le meilleur championnat automobile au monde. Si vous ne le suivez pas encore, essayez les 6 heures de Silverstone dans une semaine: je vous garantis le spectacle. 

 

Anthony Desruelles