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La nouvelle avait été relayée à maintes reprises dans la presse, qu’elle soit spécialisée ou généraliste, ainsi que dans la blogosphère automobile, et nous étions par conséquent au courant : l’édition 2016 du Mondial de l’Automobile de Paris allait compter un bon nombre d’absents, et non des moindres : Aston Martin, Bentley, McLaren, Bugatti, Lamborghini, Ford, Mazda, Chevrolet et Volvo n’étaient pas au rendez-vous biennal de la Porte de Versailles. Même si nous étions prévenus, cela entraîna tout de même une certaine frustration… Voir des équipementiers (Faurecia, Plastic Omnium, Valeo, Bridgestone…) dans le Hall 1, ça ne m’était encore jamais arrivé. Il s’agissait, de toute évidence, d’une réorganisation logistique voulue pour tenter de masquer les espaces laissés vacants par ces nombreuses défections.

Néanmoins, plutôt que de tomber dans une aigreur malvenue, essayons de comprendre les constructeurs ayant passé leur tour : le format du Mondial, s’étendant sur quinze jours et trois week-ends, oblige à mobiliser des équipes et des personnels d’accueil, de la surface, de l’équipement de stand… pour un coût important, certainement trop important pour être suffisamment recouvert par des retombées médiatiques ou des commandes, dans une ville qui pâtit d’un climat autophobe, orchestré par une municipalité additionnant les décisions aberrantes et dogmatiques, dénuées de logique et de tout fondement scientifique. Il est clair qu’en Europe, le salon de Genève représente un attrait tout autre pour les constructeurs. D’ailleurs, dans sa politique consistant à circonscrire sa présence sur un seul salon par continent, Volvo a choisi Genève, un choix tout sauf innocent : il est annuel et non biennal contrairement à Paris et Francfort qui s’alternent, il se situe dans un pays ne pratiquant d’ailleurs pas la stigmatisation à outrance du secteur automobile et qui plus est, neutre puisque dépourvu de constructeur national. Par opposition, le salon de Francfort est une démonstration de force des constructeurs allemands et rend la visibilité plus délicate pour un constructeur non-germanique : rappelons que certains constructeurs locaux ont un hall gigantesque à eux seuls.

Cela posé, gardons-nous de tomber dans le passéisme. Nous avons tout de même passé une très bonne journée à la Porte de Versailles, et nous avons été séduits par nombre de choses diverses et variées, que nous allons développer à présent.

- Le nouveau Peugeot 3008

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La nouvelle version du crossover Peugeot présente un style attractif et dynamique, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Il faut dire que l’on partait de loin… L’habitacle propose une nouvelle déclinaison de l’i-cockpit, déjà utilisé par les 208 et 308 : le bloc d’instruments est devenu numérique et personnalisable, sur le modèle de ce qu’on voit déjà chez Volkswagen. La qualité de réalisation nous a semblé être d’un très bon niveau, avec des emprunts assez évidents aux constructeurs allemands (le sélecteur de boîte automatique évoque clairement celui des BMW), prouvant la volonté de Peugeot de poursuivre sa montée en gamme. A notre avis, ce 3008 a toutes les chances de devenir un gros succès commercial ; les prises de commandes sont d’ailleurs nettement supérieures à ce que l’on avait constaté lors du lancement de la première génération.  Réussite technique et esthétique, le nouveau 3008, notamment dans ses versions hautes, par exemple avec le BlueHDi 180 chevaux, constitue désormais une alternative tout à fait crédible aux ténors de la catégorie. Reste à espérer que Peugeot osera franchir le Rubicon en proposant à court terme des variantes plus ambitieuses encore…

 

- La nouvelle Citroën C3 et le concept CXperience

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En face du stand Peugeot, par lequel nous avons commencé notre visite, se trouvait celui de Citroën, qui faisait la part belle à la nouvelle C3. Elle nous est d’emblée apparue sympathique, avec un dessin typé Citroën, qui ne cède pas à la facilité de faire une Peugeot 208 rebadgée , en dépit de l’étroite parenté technique qui unit les deux modèles. Finalement, cette nouvelle C3 reprend beaucoup de codes esthétiques de la C4 Cactus, avec un certain talent. Dans un segment de marché où tant de propositions se signalent avant tout par un design conservateur et ennuyeux (VW Polo, Skoda Fabia, Opel Corsa, Hyundai i20, etc.), voilà une auto engagée, rafraîchissante, tout à fait conforme à la nouvelle philosophie revendiquée par Citroën. Le stand de la marque aux chevrons exposait également un concept qui fut tout simplement notre coup de cœur de ce mondial : la CXperience. Ce concept rend hommage à la CX en accumulant les références stylistiques sans pour autant se montrer passéiste ou exagérément nostalgique. Préfigure-t-il une remplaçante de la C5 ou, plus hypothétiquement encore, de la C6 ? C’est tout ce qu’on peut souhaiter…

 

- Les références historiques à foison sur le stand DS

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Comme la nature, DS Automobiles a horreur du vide. En fait de nouveaux modèles, qui brillent une nouvelle fois par leur absence (il y avait tout de même le concept E-Tense mais ne nous leurrons pas, c’est un énième concept aussi alléchant que sans avenir sous cette forme), le stand DS a misé sur le patrimoine. Une partie du stand présentait des maquettes et croquis d’époque de la DS et de la SM. Intéressant et très bien vu pour les passionnés que nous sommes, toujours émus de nous trouver en présence de jalons historiques aussi précieux. Pour autant, il est difficile d’ignorer le côté « cache-misère » d’un tel dispositif et les références systématiques au passé ne constituent probablement pas la motivation première du visiteur lambda lors d’une manifestation de ce type : c’est le Mondial, pas Rétromobile ! Le reste du stand DS était, comme à l’accoutumée, occupé par des modèles figés techniquement et qui ont recours à des artifices de plus en plus grossiers pour, comme on dit dans les publicités des marchands de produits de beauté, retarder les effets du vieillissement...

- La Renault Clio R.S.16

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Manifestement, cette version radicale de la Clio IV R.S dotée de l’ensemble moteur/boîte et train avant de Megane RS Trophy 275ch est en passe d’être commercialisée en petite série afin de satisfaire les clients déçus de la Clio R.S 200ch à boîte EDC imposée. On ne peut que saluer la démarche visant, en 2016, à installer dans une Clio un 2 litres turbo accouplé à une boîte mécanique, accompagnés, de surcroît, par un autobloquant tout aussi mécanique ! Connaissant la compétence de Renault Sport quand il s’agit de développer des liaisons au sol de qualité, on peut imaginer sans trop prendre de risques que cette Clio R.S. 16 ne devrait pas être mal lotie sur le plan du plaisir de pilotage.  Un exercice très réconfortant en ces temps d’autophobie galopante et de politiquement correct triomphant !

 

- La Ferrari GTC4 Lusso T et LaLaLaLaLaFerrari Aperta

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L’arrivée aux abords du stand Ferrari est toujours un moment particulier pour moi, en tant que ferrariste inconditionnel. Cette année, deux nouveautés se partageaient la vedette : une variante « simplifiée » de la GTC4 Lusso, dotée du V8 3.9 litres biturbo de la 488 GTB, dont la puissance a été ramenée à 610ch, et qui perd ses roues avant motrices dans l’opération. Il est très rare qu’un modèle Ferrari soit décliné en plusieurs motorisations, mais il s’agit là d’une très bonne manière de concurrencer la Bentley Continental GT V8. On pouvait également admirer l'édition "70th Anniversary" de la 488 Spider (en un sublime coloris vert) ainsi que la version découvrable de l’impressionnante supercar LaFerrari. Même si le choix du nom de cette dernière, qui aurait pu (dû) être plus inspiré et moins figé (quid des anciens et futurs modèles ?) continue de m’inspirer des regrets autant que des gausseries à mon cher associé…  (Note de l’associé : ce d’autant plus que le merveilleux nom de « Tipo » n’est plus disponible. Il a été retenu pour la création la plus marquante de ce Mondial, qui se déclinera en outre prochainement dans une série spéciale: la Tipo Blédina.)

 

- L’Alfa Romeo Giulia (Veloce)

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Je sais. Nous n’avons pas été tendres avec elle. Nous avons même été jusqu’à imaginer, non sans une certaine goguenardise, des reports de sa commercialisation jusqu’à 2027, la possibilité de remplacer indifféremment les badges Alfa Romeo par des badges BMW, l’hypothèse d’écrire une suite de « l’Arlésienne » qui s’intitulerait « la Giulia »…  et pourtant, l’Alfa Romeo Giulia est bel et bien en circulation aujourd’hui. Le Mondial était l’occasion pour la marque au Biscione de présenter des versions s’intercalant entre les versions de base et la très sportive déclinaison « Quadrifoglio Verde », dénommées « Veloce » et disposant de puissances de 280ch pour la version 2.0 Turbo et de 210ch pour le 2.2L diesel, tous deux accouplés - en choix unique, contrairement à la QV, curieusement – à la boîte automatique ZF à huit rapports. Ces nouvelles versions se voient par ailleurs dotées d’une transmission intégrale Q4 et d’un style, extérieur comme intérieur, plus sportif. Il s’agissait pour nous d’une première approche de la Giulia, et nous l’avons appréciée, même si la forme biseautée de l’écran central nous a paru un peu curieuse. Par ailleurs, même si le niveau qualitatif de l’intérieur n’atteint toujours pas celui des concurrentes germaniques, la transalpine ne démérite pas et on ne peut que saluer les efforts indéniables des Italiens pour se mettre au niveau. La politique tarifaire est cependant plutôt péremptoire, voire risquée, pour une marque qui a tout à (re)prouver et dont le réseau, tout du moins en France, est plus habitué à écouler des Panda et des 500 qu’à négocier avec des propriétaires d’Audi A4…  La Giulia, si elle ne réédite pas le coup de génie esthétique de la 156 il y a bientôt vingt ans (eh oui…), se montre cependant notablement plus ambitieuse que celle-ci sur le plan technique et, contrairement à une 159 qui avait beaucoup déçu, constitue enfin une alternative réellement crédible aux références d’outre-Rhin. A cet égard, la nouvelle venue est la berline la plus convaincante de la firme depuis l’Alfetta de 1972 et cela méritait d’être salué comme il se doit. Il reste à ceux qui croient encore en l’avenir de l’industrie automobile transalpine à prier très fort pour que ça marche…

 

- Le concept Maybach Vision 6

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Un concept car totalement fou, d’une longueur de près de six mètres, avec un look improbable, façon « Tex Avery ». Ce genre de réalisation n’a pas vocation à avoir une suite commerciale mais cela fait tellement de bien de voir ça dans une époque faisant à ce point la part belle au crossover mazout qui se conduit tout seul… Le style s’inspire des années 30, avec une imposante calandre rappelant les Maybach de cette époque. Même s’il n’était pas à proprement parler une exclusivité du Mondial, puisqu’il a été présenté au concours d’élégance de Pebble Beach en août dernier, ce concept s’offrait à la vue des visiteurs qui avaient tout le loisir d’appréhender in situ ses dimensions hors-normes. Par ailleurs, son mode de propulsion est tout sauf évocateur du passé comme sa ligne, puisqu’il est assuré par quatre moteurs électriques (un par roue), totalisant une puissance de 750ch. En tout cas, on en redemande (même si nous avons cependant été davantage impressionnés par la Fiat Tipo Station Wagon).

 

- La nouvelle Mercedes Classe E SW

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Il ne s’agit certainement pas de la voiture la plus émouvante du Mondial, mais c’est le parfait exemple du renouvellement réussi d’un grand classique dans son genre. Ligne très élégante, intérieur magnifique évoquant immédiatement la Classe S actuelle, avec une intégration de l’écran central plus harmonieuse, à la finition parfaite, au confort princier, avec des équipements dernier cri, une gamme de moteurs complète. C’est LE choix à faire aujourd’hui pour qui peut s’offrir en neuf une grande routière (si l’on excepte la Fiat Tipo 4 portes, bien entendu).

 

- La BMW M760Li Xdrive

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Un magnifique pied-de-nez à l’époque actuelle qui vise à supprimer les cylindres et à réduire les cubages des moteurs, au nom de normes de pollution désormais notoirement connues pour être à côté des réalités. Exposer sur son stand, qui plus est à Paris, un porte-drapeau doté d’un V12 biturbo de 600ch, ainsi que ledit V12 en éclaté, est à notre sens quelque chose qui s’apparente à un acte de résistance. Comme  Jeanne Mas aurait pu le faire remarquer, c’est aussi la toute première fois que BMW lance une version « M » de sa série 7. Histoire sans doute de ne pas laisser les Audi S8 et Mercedes-Benz S 63 et S 65 AMG continuer à s’ébattre seules dans le champ peu fréquenté des berlines de grand luxe surmotorisées…  L’auto, à la fois impressionnante et discrète, témoigne en tout cas du savoir-faire de son constructeur. (Rappelons à ce sujet qu’en 1995, l’Auto-Journal avait organisé un comparatif entre la BMW 728i de la génération E38 et la Peugeot 605 SV 24… Si l’on voulait renouveler l’exercice aujourd’hui, quelle voiture française pourrait-on opposer à la série 7 actuelle ? Poser la question, c’est y répondre. Hélas.)

 

- La présence des trois prototypes « LMP1 » du championnat du monde d’endurance sur les stands de leurs marques respectives

 

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En tant qu’amateur du championnat WEC dont j'ai  déjà vanté les mérites ici-même je me suis réjoui de voir qu’Audi, Porsche et Toyota avaient pris la peine de présenter sur leurs stands les impressionnants prototypes hybrides de plus ou moins 1000ch qui s’affrontent au long de l’année sur des circuits comme Le Mans, le Nürburgring, Spa-Francorchamps, Fuji… L’exposition médiatique de cette discipline est très faible pour le moment et seul un public d’initiés suit les courses. Comme il s’agit à mon sens de la seule épreuve de sport automobile digne d’intérêt aujourd’hui, toute tentative de la faire connaître au grand public est forcément une bonne tentative. Or, quelle meilleure façon pour cela que de se montrer à plus d’un million de personnes en quinze jours ?

 

- L’exposition au Hall 8 de voitures iconiques du cinéma

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Le Hall n°8 proposait une exposition rendant hommage à des modèles emblématiques du cinéma et de la télévision, parmi lesquelles la Peugeot 403 Cabriolet de l’inspecteur Columbo, la Plymouth Fury 1957 de « Christine », la Citroën SM de « César et Rosalie »,  la Ford Mustang Fastback GT390 de « Bullitt », la 4L Fourgonnette des « Visiteurs »… En tant que véritables « Bondophiles », nous avons apprécié de voir les Aston Martin DBS et DB10 respectivement de « Quantum Of Solace » et « Spectre ». Ce fut une belle façon de conclure notre journée à la Porte de Versailles, qui laissa place le lendemain et le surlendemain à d’autres virées, pas moins intéressantes bien au contraire, et que nous traiterons très prochainement. 

 

Anthony Desruelles & Nicolas Fourny