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Contrairement à ce qu’on pourrait croire, rendre compte d’une visite à Rétromobile n’a rien de facile. C’est un peu comme rédiger une critique de « Citizen Kane » — ça revient à aborder un sujet sur lequel, année après année, décennie après décennie, tout a déjà été écrit. Que l’on me comprenne bien : je ne suis pas blasé, n’ai rien perdu de ma capacité d’émerveillement, éprouve toujours, à chaque édition, des coups de cœur renouvelés, et le fait de me rendre Porte de Versailles tous les mois de février depuis plus de trente ans (ma première édition remonte à 1984) continue de revêtir une signification particulière, de correspondre à la promesse d’un moment spécial.

Alors, bien sûr, la manifestation a changé, parce que les collectionneurs ont changé. Et le monde de l’automobile ancienne avec eux. A titre d’exemple, je me souviens encore, lors de l’édition 1985, des airs pincés de certains en découvrant le stand qui fêtait l’anniversaire de la DS avec, pour la première fois exposée en ce lieu, une berline, à une époque où, aux yeux des puristes auto-désignés, seuls les dérivés Chapron avaient droit de cité… Aujourd’hui, c’est l’excellent mensuel « Youngtimers » qui expose des autos dont certaines provoquaient, à l’époque, davantage de moqueries que d’admiration.  Le fait de retrouver, au sein d’un salon à la réputation aussi élitiste, une Renault 9 Turbo ou un Range Rover passablement décati constitue l’indice irréfutable d’une évolution profonde et heureuse d’un monde resté trop longtemps fermé, égrenant en une boucle inlassable les mêmes références et refusant de constater qu’autour de lui, l’univers, tel un être vivant, évoluait, se transformait, changeait d’époque. 

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Je suis comme la plupart des passionnés : quand j’aperçois un spider Ferrari Daytona, c’est une émotion sincère qui m’étreint l’âme. Cette émotion vient de loin, et peu importe si, il y a quinze ou vingt ans, au même endroit, je pouvais déjà admirer cette même auto, ou peut-être sa sœur. (Dans cette assertion, on peut remplacer la Daytona par la Mercedes-Benz 300 SL, l’Alpine Renault A110 ou la Jaguar Type E : ce sont à tout jamais de grandes classiques, désormais d’ailleurs inenvisageables pour la plupart des budgets). Mais imagine-t-on un Rétromobile se contentant de ressasser (comme certaines revues le font sans vergogne, d’ailleurs) les mêmes plateaux, semblant ainsi considérer que l’histoire de l’automobile se serait arrêtée vers 1980 ? L’ouverture vers d’autres mondes, d’autres nostalgies, a incontestablement fait beaucoup de bien à la doyenne des expositions d’anciennes en France. 

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Cela étant, je l’avoue, cette année je suis une fois de plus allé admirer certains de ces grands mythes, notamment chez des spécialistes comme Brabus, dont le département « Classic » avait fait le déplacement avec d’authentiques merveilles, restaurées jusqu’au dernier écrou et affichées à des tarifs germaniques. (Pour qui s’interrogerait quant à la signification d’un tel adjectif, un seul exemple devrait suffire : le sublimissime cabriolet 280 SE de 1969 illustré ci-dessous et présent cette année dans le hall 1 était affiché à 590000 euros…) Chez Lukas Hüni ou à l’Atelier des Coteaux, il était également possible de contempler des Jaguar XK 120 ou des Maserati Ghibli, évidemment incontournables dans ce type de manifestation. Mention spéciale pour l’hommage à David Brown, sur le stand du Classic Car Trust, avec (ce n’est pas si fréquent) une rétrospective de l’ensemble des Aston Martin conçues sous sa férule, dont une DB5 transformée, reprenant l’ensemble des modifications conçues pour l’exemplaire immortalisé dans « Goldfinger » en 1964 ! 

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Cependant, à mon sens, ce n’est pas là que se trouvaient les automobiles les plus marquantes de cette édition. Je le confesse, j’ai éprouvé une émotion plus profonde en passant de longues minutes devant l’exceptionnel break 2400 de 1976 (le 292ème produit !) ou encore le landaulet Chapron présentés par l’Agence CX… Porsche, de son côté, sortait enfin de la monoculture 911 en fêtant les quarante ans de la 928 par le biais, notamment, de la version longue offerte à Ferry Porsche pour son 75ème anniversaire. (Dommage, à cet égard, d’en avoir profité, comme d’ailleurs Abarth, Mercedes-Benz ou DS, pour exposer un modèle de la gamme contemporaine ; on ne le dira jamais assez : Rétromobile, ce n’est pas fait pour écouler des voitures neuves !) 

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Il convient également de saluer l’initiative du groupe Jaguar Land Rover, qui se lance dans la restauration d’anciens modèles sous le nom de « Range Rover Reborn »… Pas moins de trois Range Rover des origines étaient ainsi exposés : deux modèles à reprendre entièrement et un troisième (d’ores-et-déjà vendu) dont il n’est pas excessif de dire qu’il a été entièrement reconstruit, dans le strict respect de l’origine bien entendu…

De l’autre côté du même stand, une Jaguar XKSS attirait de nombreux regards. On connaît l’histoire de cette auto de route, chère à l’acteur Steve McQueen, directement dérivée de la Type D de compétition et construite à seulement 16 exemplaires en 1957. Neuf voitures ayant été détruites au cours de l’incendie qui ravagea l’usine cette même année, Jaguar a décidé de les reconstruire, à l’identique, soixante ans après. C’est l’une des ces XKSS neuves qui était exposée.

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Saluons également les trois (oups, je veux dire quatre…) constructeurs français, qui avaient cette année encore répondu présent en s’associant aux clubs pour présenter des autos habituellement confinées dans des réserves secrètes… Dans ce domaine, c’est Renault Classic qui m’a le plus impressionné, en remettant notamment sous les projecteurs d’un salon des concept-cars que l’on n’avait pas pu approcher depuis de longues années : la Laguna de 1990 (il s’agit bien sûr du joli roadster et non de l’insipide berline qui lui a chipé son prénom…) et l’Initiale de 1995. 

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En réalité, peut-être n’y a-t-il pas un salon Rétromobile, mais plusieurs ; et chacun, selon ses goûts et son caractère, peut ainsi y trouver son bonheur, de l’amateur de bolides italiens au collectionneur de miniatures et de documentations, du passionné de Renault 25 au happy few capable d’enchérir durant la vente Artcurial… En cela, même s’il est moins chaleureux qu’Automedon, et considérablement plus petit que les grand-messes comme Essen, Rétromobile continue de s’adresser à un public à la fois large et renouvelé. Et c’est fort bien ainsi…

 

Texte & photos : Nicolas Fourny 
Crédits photos : Brabus, Jaguar-Land Rover, Caradisiac