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Dans une époque où la passion automobile est mise à rude épreuve entre l’uniformisation, le politiquement correct, la disparition des gros moteurs… il y a néanmoins certaines nouvelles qui mettent en joie : la commercialisation de la Dodge Challenger SRT Demon est bien l’une de ces nouvelles qui réjouit immanquablement les passionnés !

La Challenger disposait déjà dans sa gamme d’une très méchante version SRT Hellcat, que l’on peut voir dans le troisième épisode de la première saison de « The Grand Tour » aux mains de Richard Hammond prenant un malin plaisir à importuner ses comparses Clarkson et May, et à couvrir le bruit des douze cylindres de leurs Aston Martin DB11 et Rolls Royce Dawn respectives au moyen du V8 6.2 litres Hemi compressé qui développe rien moins que 707 chevaux. Pas vraiment un engin mou du genou, donc… Sauf que chez Dodge, on a vraisemblablement pensé que, contrairement au 1.6 litre THP du groupe PSA, ce n’était pas « suffisant ». (Un estimé confrère m'a instamment demandé de mentionner cette dernière précision : c'est chose faite.)

La version Demon porte bien son nom, puisque suite à une copieuse préparation du V8, la puissance est portée à 840 chevaux et le couple culmine à 1044nm… le tout transmis aux roues arrière par une boîte automatique à huit rapports. Certes, vous m’objecterez, à juste titre, qu’une Muscle Car américaine qui envoie une grosse cavalerie sur son train postérieur, cela n’a rien d’une ébouriffante nouveauté. A la vérité, la Challenger SRT Demon n’est rien moins qu’une auto de « drag race » homologuée pour la route ! Il fallait oser...

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... Et les ingénieurs du département SRT ont osé. Pour parvenir à ce résultat, l’auto reçoit bon nombre de modifications par rapport à la "simple" Hellcat : une suspension et une transmission spécifique, une prise d’air de capot (la plus large du marché), la climatisation est utilisée pour refroidir le moteur, une cartographie moteur permettant d’utiliser du carburant à haut indice d’octane (Sans Plomb 100) pour atteindre les 840 chevaux (si l’on s’en tient au « Regular » à indice d’octane 91, la puissance n’est « que » de 808 chevaux) est au programme, ainsi qu'un compresseur plus gros qui peut être refroidi après l’arrêt du moteur, un système « Line Lock » permettant de bloquer les roues avant pour faire chauffer les pneus arrière en prévision d’un « quarter mile » et on note aussi un allègement de 90kg permis par la suppression de la banquette arrière et… du siège passager (ces éléments sont en option pour 1$). Par ailleurs, pour pousser encore un peu plus loin le mimétisme avec le monde du Dragster, des pneus avant étroits et légers sont disponibles en option. 

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Moyennant quoi, lorsque l’on utilise une clé de contact spéciale permettant de disposer de la cartographie moteur autorisant la pleine puissance (avec la clé normale, le moteur est bridé à 500ch) et que l’on configure le « Drag Mode » dans l’ordinateur de bord, un mode qui paramètre les suspensions, le contrôle de traction, la transmission dans une optique dédiée aux départs arrêtés, on peut goûter aux sensations procurées par un 0-60 miles (96km/h) effectué en 2.3s, et un quart de mile expédié en 9.65s, soit le record du monde sur cet exercice pour une voiture de série. Car le tour de force est là : non contente d’envoyer une force longitudinale de 1,8 G au pilote, et d’être la seule voiture de série (certifiée par le Guinness Book) à pouvoir partir en wheeling (les roues avant se soulèvent sous l’effet de l’accélération), elle peut également se conduire sur route ouverte… Un mode « street » limite la puissance à 500 chevaux pour pouvoir utiliser l'auto dans une relative docilité, et un autre « Custom » permet de personnaliser les réglages.

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Cette voiture sera produite en série limitée à 3300 exemplaires mais sera hélas réservée aux Etats-Unis et au Canada. D’un autre côté, ce n’est pas grave : l’essentiel est que ce genre de délire jusqu’au-boutiste et complètement inutile existe quelque part dans le monde. Le simple fait qu’un tel engin soit disponible à la vente dans une époque qui place l’uniformité de l’offre automobile au premier plan, même en série limitée, même si 99,9% de ceux qui regrettent qu'elle ne soit pas importée ne l'auraient pas achetée, est de toute façon une bouffée d'air frais digne de celle qu'aspire le moteur à pleine charge, pour toute personne piquée par la chose automobile... et c’est très bien ainsi ! 

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Anthony Desruelles