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Dans les années 1980, FR3 diffusait chaque dimanche soir une émission satirique intitulée Merci Bernard. Malgré bien des efforts et le questionnement approfondi de moult intellectuels de l’époque, le fameux Bernard ne put jamais être identifié avec certitude. Tel n’est pas le cas des possesseurs de Xantia, qui savent très bien ce qu’ils doivent au personnage de Jean-Claude Convenant, brillamment incarné par Yvan Le Bolloc’h dans la série Caméra Café, et qui rassemblait à peu près tous les stéréotypes du beauf autosatisfait, vulgaire et d’un philistinisme assumé. Il n’est pas douteux que la familiale aux chevrons doive une partie de sa réputation actuelle au fait que le dénommé Convenant était lui-même propriétaire d’un exemplaire du modèle, très probablement une turbo Diesel 75 chevaux entretenue chez Feu Vert, nantie d’un attelage, d'un pare-buffles qu'il considère "indispensable en milieu urbain", d'un klaxon beuglant "La Cucaracha", de bavettes et d’un tour de volant en ronce de plastique…

Car c’est un fait, un peu comme la BX avant elle, la Xantia traverse en ce moment la phase la plus pénible de la vie d’une automobile. Ringardisée par la foule ignorante, méprisée par de pseudo-connaisseurs autoproclamés, elle ne retient pour l’instant que l’attention d’une poignée d’amateurs, à condition bien entendu qu’il s’agisse de versions de pointe, V6 ou Activa pour ne pas les citer. Les autres versions se morfondent dans les casses, sur les parcs de reprise de marchands douteux ou dans les petites annonces d’un site bien connu, où il n’est pas rare de trouver des versions 1800 ou 2 litres essence en état plus qu’honorable affichées au-dessous du millier d’euros…

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Bien entendu, et comme toujours lorsqu’il s’agit de modèles généralistes, toutes les variantes ne présentent pas le même intérêt et, en l’espèce, il est évident qu’entre une berline 1600 en finition X (dont la dotation ne risque pas de vous donner la migraine et dont le moteur fera tout pour préserver les points de votre permis) et un break animé par le six cylindres ES9 (rareté absolue !), il y a un monde ; pour autant, aussi différents soient-ils, les modèles disponibles partagent bon nombre de qualités essentielles, au premier rang desquelles on citera un design certes moins flamboyant que celui de la XM, mais non dénué de caractère ni d’élégance ; une qualité de fabrication et de finition jusqu’alors inconnues chez Citroën ; une partie cycle de référence, très nettement supérieure à ce que pouvait proposer la quasi-totalité de la concurrence de l’époque ; et enfin, la disponibilité, en exclusivité absolue sur ce segment de marché, d’une suspension hydropneumatique, voire de l’hydractive II sur certaines versions.

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Il est donc grand temps de réhabiliter une auto qui mérite infiniment mieux que l’oubli, la poussière, la négligence de propriétaires impécunieux et les sourires narquois. En particulier, nous allons nous intéresser à une version méconnue et cependant attachante à plus d’un titre : la Turbo CT dans sa rare version "VSX". Modèle voué à une diffusion limitée dans un monde qui commençait déjà à se diéséliser massivement, il faut dire que l’auto cumule les handicaps : ne pouvant présenter l’exclusivité technique de l’Activa, ni le prestige d’un multicylindres, elle éprouve cependant pour le sans-plomb la même attirance coupable que Sue Ellen Ewing pour la vodka, sans que pour autant la sonorité du groupe mototracteur ne parvienne à s’extraire d’une banalité peu révélatrice du véritable tempérament de l’engin, capable de reprises et d’une souplesse de fonctionnement encore aujourd’hui très convaincantes. C’est là que réside une grande partie de l’intérêt de la proposition : comme sur d’autres réalisations comparables chez Saab par exemple, le turbocompresseur n’est pas ici synonyme de coups de pied aux fesses ni de performances délirantes ; au contraire (d’où l’acronyme CT, pour Constant Torque ou couple constant), son rôle consiste à lisser la courbe de couple, de sorte que l’utilisateur puisse en disposer sur une plage aussi étendue que possible. Plus que la puissance, cependant respectable pour l’époque, de 150 chevaux, c’est bien la valeur de couple qui fait l’intérêt du XU10J2TE : avec 24,5 Mkg de 2500 à 3500 tours/minute, il offre une disponibilité proche de celle du 2 litres HDi de 110 chevaux tel qu’il fut inauguré par la suite sur la Xantia, les tristes crépitements du Diesel en moins…

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A l’usage, le pouvoir de séduction qui émane de l’ensemble n’est pas niable. Offrant un niveau de performances pures qui reste tout à fait compétitif de nos jours, le 1998 cm3 et sa suralimentation soft s’associent brillamment avec un châssis qui n’a que fort peu vieilli pour délivrer un agrément d’utilisation de haut vol. (Auto)routière accomplie, la Xantia ainsi gréée constitue une formidable machine à voyager, ne craignant ni les dépassements acrobatiques de poids lourds, ni les petites départementales rapiécées, non plus que les longues étapes qu’à son volant il est facile d’accomplir en combinant vitesse et décontraction, profitant de surcroît d’un confort postural et acoustique rarement surpassé, y compris par des voitures nettement plus coûteuses. Si elle ne restera pas dans les annales du design industriel, la planche de bord monobloc et son étrange barre de maintien dédiée au passager avant ne présente cependant guère de défauts d’ergonomie.

Bien sûr, les tirettes du système de chauffage/ventilation exsudent un parfum de désuétude qui, à tout prendre, n’est pas très éloigné d’un certain charme vintage ; la montre digitale et ses gros chiffres rectangulaires n’est pas d’une folle élégance, et l’anti-démarrage codé se transforme peu à peu en une source d’emmerdements potentiels au fur et à mesure d’un vieillissement manifestement mal anticipé par ses concepteurs. Des broutilles, en somme, et ce d’autant plus que l’habitacle des Xantia a globalement mieux traversé les années, esthétiquement et qualitativement, que celui de son successeur immédiat, la C5 « X4 », affublée d’un cuir à peine digne d’une Ford Orion, de bugs électroniques en tous genres et d’une atroce décoration en faux bois, cela sans parler d’un design extérieur sans doute élaboré par des aveugles atteints de la maladie de Parkinson.

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A ce stade de notre sujet, le moment est venu d’aborder des questions bassement matérielles, avec des chiffres qui fâchent et des phrases qui commencent par combien ? En réalité, s’agissant de la Xantia Turbo CT, le problème majeur ne sera pas le prix, mais la disponibilité. N’ayant déjà pas établi de records de vente lorsqu’elle figurait au catalogue de son constructeur, l’auto a par la suite connu un purgatoire difficile : entre les reprises pour destruction et les obsédés du swap ne voyant en elle qu’une vulgaire pourvoyeuse de mécanique destinée à abîmer irrémédiablement des 205 ou des 309 GTi qui n’ont pourtant rien demandé, les survivantes capables de prendre la route se font rares, et le marché est donc plutôt du genre ponctuel. A l’heure actuelle, on peut considérer que 3000 euros constituent une valeur maximale pour un bel exemplaire (nous parlons bien entendu des versions dépourvues du système Activa), ce montant pouvant facilement être divisé par deux si des travaux sont à prévoir.

Etant donné la faiblesse de la demande pour ce modèle, la dégradation de son image (merci Jean-Claude), le durcissement à venir du contrôle technique et les scandaleuses restrictions de circulation qui ont déjà commencé à frapper les modèles d’avant 2000, il est plus que probable que ces chiffres demeureront d’actualité pour longtemps encore. Très abordable à l’achat, utilisable sans problème au quotidien, ne présentant aucune tare susceptible de multiplier les passages à l’atelier, peu coûteux à assurer comme à entretenir, ce n’est en définitive qu’au moment de passer à la pompe que l’engin vous rappellera qu’il est mû par un deux litres à essence turbocompressé, conçu bien avant la mode du down-sizing et à une période où les rejets de CO2 n’apparaissaient pas sur les fiches techniques. On n’a rien sans rien, n’est-ce pas, et étant donné les bénéfices concrets en termes de plaisir de conduire que la voiture saura vous apporter en contrepartie, si vous êtes amateur de berlines rapides délaissées par la majorité et désireux d’investir dans autre chose qu’un déplaçoir sans âme, il n’y a pas à hésiter ! A vous de jouer…

 

Nicolas Fourny