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La journée de Flavien Giraud avait bien commencé. Ce n’allait pas être, s’était-il dit en s’habillant, une journée comme les autres — formulation assez creuse en vérité car, à moins de n’être qu’une machine, et non pas un être humain, aucun jour n’est réellement semblable à un autre. Il faut cependant reconnaître qu’il s’agissait d’un moment particulier : on ne prend pas tous les jours possession d’une automobile et, tandis qu’il quittait l’immeuble cossu mais discret qu’il habitait depuis déjà six ans, Flavien considérait le chemin parcouru, songeait à ce qu’il avait construit et aussi à ce qu’il avait laissé derrière lui : souvenirs, visages disparus, espoirs toujours fragiles et parfois déçus composaient en lui un paysage hétéroclite sur lequel il se penchait avec une nostalgie contre laquelle il luttait sans conviction et une tendresse silencieuse qui l’honorait.

En attendant son bus, il songeait par exemple à la première voiture neuve que ses parents avaient pu s’offrir, bien des années auparavant. Il s’agissait d’une BMW 2002 tii beige et dont les remugles — skaï marron, plastiques germaniques à la fragrance si aisément reconnaissable, mais aussi des réminiscences plus intimes, comme le vent du soir sur les routes côtières que son père aimait emprunter, les soirs d’été, entre chien et loup, sans but, pour le simple plaisir de rouler — constituaient une hantise somme toute confortable. Au vrai, la mémoire de Flavien, il en prenait confusément conscience en vieillissant, recelait bien des indices de bonheur. Bonheur : ce terme un peu brûlant car insuffisamment neutre, que la plupart des gens utilisaient avec mille précautions, comme s’ils devaient s’en excuser. S’excuser d’être heureux ? Il n’y pensait pas, et pas davantage à effacer le sourire radieux qu’il arborait ce matin-là.

On était jeudi et, cette fois, il n’était pas question de déambuler au hasard : le bus allait le déposer à moins de trois cents mètres du concessionnaire dans le hall de livraison duquel l’attendait sa nouvelle voiture. Un modèle qu’il avait sélectionné avec soin, réfléchissant des mois durant à sa configuration exacte, que l’usine avait spécialement assemblé pour lui et qu’il avait patiemment attendu pendant trois longs mois. C’est le prix à payer lorsque vous ne vous contentez pas de choisir une auto sur un vulgaire listing qui vous donne tout juste le droit d’hésiter entre le noir, le blanc et le gris métallisé et l’accès à un bouquet d’options calibré par des marketeurs sans imagination — voilà qui n’était pas son genre. Bien au contraire, après avoir usé une longue liste de modèles d’occasion aux caractéristiques très variables, de la Honda Quintet rachetée à un couple de retraités à un Peugeot 806 SV turbo qui lui avait valu bon nombre de lazzis, et sous l’œil désapprobateur de son banquier, Flavien avait liquidé son épargne et passé commande d’une autre BMW, une 440i GranCoupé.

Assis à peu de distance du conducteur, il se laissait à présent bercer par le cahotement irrégulier du bus tandis qu’il s’éloignait progressivement du centre-ville. L’époque avait changé et la plupart des concessions s’étaient exilées dans des zones commerciales souvent hideuses et reléguées à la périphérie des agglomérations. Il lui allait falloir supporter, une fois de plus, la litanie des enseignes d’ameublement, d’électroménager, de décoration, d’alimentation, plus agressives et laides les unes que les autres. Mais cette fois, cela en valait la peine, se dit-il en contemplant, à la faveur d’un feu rouge, la monotonie qui l’environnait : deux Renault Captur, un Hyundai Kona, trois Peugeot 3008, un Porsche Macan… plus quatre ou cinq rogatons minimalistes, donc sans intérêt. Juste devant eux toutefois, on pouvait distinguer les formes caractéristiques d’un Range Rover P38, dont la seule apparition aurait suffi à faire frémir d’épouvante son voisin de palier.

Ce dernier s’appelait Georges et, en remplacement d’une Alfa 166 Twin Spark il est vrai usée jusqu’à la corde, venait d’acquérir un Renault Koleos — « une folie, lui avait-il confié, l’air réjoui, mais que veux-tu, il faut bien se faire plaisir de temps en temps… ». Et de se répandre, de longues minutes durant, sur les multiples avantages de l’engin. Flavien avait soupiré intérieurement. « Encore un qui cède », s’était-il dit, en accordant dans son for intérieur un hommage posthume et secret à la belle italienne de Georges, qui s’en était allée pourrir sur un parc en banlieue, en attendant d’être détruite. Il en frissonnait presque. Mais au fond, ça ne l’avait guère étonné : Georges était un garçon plutôt falot, d’un conformisme décourageant et dépourvu de colonne vertébrale. Il lui avait récité consciencieusement la longue liste des avantages de son SUV tout neuf et, comme de juste, elle correspondait au mot près à ce que le vendeur qui avait accueilli Flavien, le jour de sa première visite, lui avait déclamé dans l’espoir de le faire changer d’avis. Il se remémorait leur dialogue avec une certaine jubilation.

« Une série 4 ? Vous êtes sûr ? Parce que, vous savez, nous n’en avons pas beaucoup en stock… »

—  Ça n’a pas d’importance. Je souhaite une configuration bien spécifique. Je sais que vous ne l’aurez pas en stock de toute façon.

—  Ah… d’accord, je vois… vous avez envie de vous faire plaisir, hein ?

—  Oui, on peut le dire comme ça. C’est ma première voiture neuve, je veux quelque chose qui me corresponde vraiment, avec le moins de compromis possible.

—  OK. Mais, si je puis me permettre, pourquoi une série 4 ? C’est un modèle déjà un peu ancien, qui sera bientôt renouvelé…

—  C’est vrai, mais quand le GranCoupé est sorti, j’ai craqué tout de suite… pour moi, c’est la plus belle auto de la gamme actuelle.

 

Le type avait dévisagé Flavien avec incrédulité.

 

—   La plus belle auto de la gamme ? Chacun ses goûts, bien sûr, mais… avez-vous essayé le X2 ?

—   Non, ça ne m’intéresse pas vraiment. Les SUV, ce n’est vraiment pas mon truc.

—   Ah bon ? C’est dommage, parce que j’ai justement un très bel exemplaire en stock… Attendez… (Il pianota sur le clavier de son ordinateur.) Voilà… un xDrive 20d, Glaciersilber, en finition M Sport… un très beau véhicule !

—   Je n’en doute pas.

—   Et (il prit une mine de conspirateur) je peux vous faire des conditions exceptionnelles sur cette auto… vous comprenez, c’est une voiture de direction… mais elle n’a que trois mille kilomètres.

 

Flavien s’était attendu à quelque chose de ce genre. C’était toujours la même histoire : le gars faisait semblant d’être attentif à tes envies, mais en réalité il avait toujours une bagnole à refourguer, qui encombrait le parc, et pour la vente de laquelle il allait certainement percevoir une prime. Le cash incentive, il n’y a que ça de vrai. Il resta cependant d’une irréprochable courtoisie.

 

—   Je vais vous faire gagner du temps et vous expliquer le fond de ma pensée, pour que tout soit clair.  Comme je vous l’ai dit, je n’aime pas les SUV. En fait, pour tout dire, je déteste ces machins-là. Ils ne sont pas plus polyvalents qu’un break, consomment plus, sont moins efficaces sur la route qu’une berline ou un coupé et leur garde au sol ne leur sert qu’à escalader des trottoirs. C’est une mode nocive et vulgaire, et franchement, ça me désole de voir qu’un constructeur comme BMW se contente de suivre la tendance. Je suis sûr que des X1, X2, X3 et consorts, vous devez en vendre comme des petits pains… mais très peu pour moi, ajouta-t-il en souriant. J’aime conduire près du sol, j’aime les autos racées, basses et puissantes. Mais j’ai besoin de quatre portes et le hayon a pour lui des aspects pratiques incontestables. Et je voulais une BMW, car c’était la marque préférée de mon père… Vous voyez ce que je veux dire ?

 

Non, le vendeur ne voyait pas ce que Flavien voulait dire. Et en plus, il s’en foutait éperdument. Ce qu’il savait en revanche, c’est qu’on était en plein milieu d’une campagne marketing de grande ampleur et que son chef des ventes scrutait les performances de ses vendeurs à la loupe. « Le Q3 et le DS 7 sont arrivés. On ne va pas céder un pouce de terrain ! Vous connaissez vos objectifs, on a des X1 et des X2 à écouler, ce n’est pas le moment de faiblir », leur avait-il enjoint le lundi précédent. Ah ça oui, ses objectifs, il les connaissait. Et à présent, voilà que ce drôle de bonhomme voulait absolument commander une… quoi ? Une 440i ? Il ne se souvenait même plus d’avoir un jour conduit ce modèle, que presque plus personne n’évoquait en interne. Allons ! On allait voir ce qu’on allait voir. Son argumentaire était prêt. Il repartit à l’assaut.

 

—   Ce qui est fâcheux, évidemment, c’est que la série 4, je ne vais en avoir qu’en 18d… (Il consulta de nouveau son écran.) Je pourrais vous livrer sous dix jours. Mais évidemment, on sera peut-être loin de votre configuration…

—   La voici justement, lui répondit Flavien en lui tendant le résumé qu’il avait pris soin d’imprimer depuis le site du constructeur.

 

L’autre s’empara du document et se mit à le parcourir. Quand il en eut terminé, ses sourcils étaient sur le point de rejoindre la base de son crâne. Il poussa un sifflement un peu trop familier.

 

—   Eh bien, vous n’y allez pas de main morte ! Il y en a au moins pour quinze mille euros d’options… Et cette couleur, vous en êtes vraiment sûr ? Parce que, je vous préviens tout de suite, je ne pourrai pas la reprendre par la suite…

—   Je le sais. C’est un élément que j’ai intégré. Je comprends tout à fait vos contraintes. Mais j’ai toujours acheté mes voitures par passion, sans penser à la revente.

—   Je vois… Puis-je cependant vous montrer quelque chose ?

 

Flavien acquiesça et le suivit jusqu’à l’autre bout du hall d’exposition. Son interlocuteur s’arrêta à la hauteur d’un X5 flambant neuf.

 

—   Vous voyez ce X5 ? Avec le moteur que vous voulez et les options que vous avez choisies, vous n’êtes plus très loin en termes de prix… Entre nous, c’est quand même autre chose qu’une 440i, on change de dimension… et vous pourriez l’avoir la semaine prochaine !

 

Trois quarts d’heure plus tard, Flavien avait quitté les lieux, son bon de commande en poche, satisfait mais intellectuellement fatigué : la conversation avait duré longtemps et ce n’est qu’à contrecœur que son vendeur avait finalement consenti à enregistrer sa commande, non sans lui avoir maintes fois répété qu’il allait attendre sa voiture des lustres durant.

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Quand il poussa la porte, il tomba sur un groupe de commerciaux en pleine discussion et s’approcha ; le vendeur le reconnut et l’accueillit avec un sourire goguenard. « Tiens, voici l’homme qui déteste les SUV », s’esclaffa-t-il à l’intention de ses collègues. « Ne le prenez pas mal, hein… » Non, bien sûr. Flavien regretta soudain de n’avoir pas choisi l’option, certes onéreuse, qui lui aurait permis de prendre livraison de sa voiture directement au BMW Welt, à Munich. Tout lui pesait soudain, les souliers trop pointus du commercial, l’eau de toilette médiocre dont il percevait les relents, l’expression triviale de vaine commisération qu’il arborait. « Avec les collègues, on parlait du nouveau X7… Vous l’avez vu ? C’est un tueur de Range Rover… » Flavien se retint de dire ce qu’il pensait. A quoi bon ? Autant essayer de convaincre un antispéciste de déguster une côte de bœuf.

 

« Vous savez, les SUV, c’est l’avenir… Moi par exemple, je roule en X3, je ne pourrais plus changer maintenant… enfin, pour vous, c’est trop tard ! »

 

Sa 440i trônait au milieu du hall. Son coloris Melbourne Rot tranchait violemment sur la grisaille ambiante. La démonstration ne dura pas longtemps, mais Flavien n’en avait cure. Au bout d’une petite demi-heure, il put enfin quitter les lieux, concentré sur les sensations qui l’envahissaient : la qualité de l’ingénierie qu’il pouvait désormais commander du bout des doigts, la beauté des matériaux, le climat si singulier, propre à la marque et dont il avait si souvent rêvé. Il imaginait le sourire de son père s’il avait pu être là avec lui, assis sur le siège passager, appréciant l’auto en connaisseur.

 

Il emprunta la rocade pour rentrer chez lui. Il n’avait pas l’intention de beaucoup rouler ce jour-là ; il avait prévu une longue randonnée routière avec son fils la semaine suivante.

 

Quand il entra dans son appartement, il tomba sur Arthur, qui venait de se lever. Arthur avait quatorze ans, un regard franc la plupart du temps mais qui, depuis quelque temps, avait tendance à se dérober vers des régions de l’âme auxquelles son père n’avait plus accès. C’était une situation que Flavien acceptait parce que le temps lui avait appris à ne plus se révolter contre la fatalité. L’adolescence et ses travers relevait de la fatalité, tout comme les péripéties amères de son récent divorce, les sous-entendus pénibles et narquois de son fils quand il était question de sexualité, les impôts, le Koleos de Georges, les limitations de vitesse et l’arrogance du vendeur qu’il espérait ne plus revoir. « Alors, ça y est ? Tu es allé récupérer ton coupé de vieux beau ? » lui demanda Arthur, espérant ainsi provoquer son père. Ces temps-ci, il cherchait souvent la petite bête. Flavien haussa les épaules et ne répondit pas.

 

Pour lui, le reste de la journée s’écoula dans une solitude bienvenue. Arthur était parti déjeuner avec des copains et allait rentrer tard. Il descendit à deux ou trois reprises dans le parking souterrain attenant à l’immeuble pour contempler la Béhème, avec au creux du ventre un mélange d’émerveillement, de reconnaissance et, il fallait bien qu’il se l’avoue à lui-même, de fierté.

 

Lors de sa seconde visite, vers six heures du soir, il tomba sur Georges, planté devant la GranCoupé ; il arborait une moue dubitative. Il l’apostropha : « Alors, on veut frimer ? T’as cru que t’avais encore 25 ans ? » L’entrée en matière était typique du personnage, toujours plus prompt à étaler sa bonne fortune qu’à partager la joie d’autrui. Flavien n’en accepta pas moins de lui présenter sa nouvelle auto dans le détail, supportant stoïquement les remarques ineptes de celui qui n’était même pas un ami. « C’est quand même petit à l’intérieur… Ah ouais, il y a un hayon, comme sur la R16… Z’ont rien inventé, les Allemands, hein !...  326 chevaux ? Bah, à quoi ça sert, à part te faire sucrer ton permis ?... On est assis vachement bas, moi j’aime bien dominer la route, je ne me sentirais pas rassuré là-dedans… On croirait une caisse de dealer… Et puis, quand tu vas aller chez Ikea, tu seras bien emmerdé… »

 

La conversation se poursuivit chez Georges, autour d’un verre de pastis. Était-il méchant ? Non. Pas très finaud, assurément, mais il savait se montrer chaleureux quand il faisait un effort. Il prit son épouse à témoin : « Tu te rends compte ? Une BMW, et un coupé en plus… on aurait pu, nous aussi, remarque bien… Mais imagine les réflexions au bureau ! Ces conneries-là, ce n’est plus de notre âge… » Flavien prit congé, puis reçut un SMS d’Arthur qui lui demandait la permission de dormir chez l’un de ses amis. Permission accordée. Au fond, il n’en était pas mécontent, même s’il ne lui était pas facile de se l’avouer.

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Au début, ce n’était qu’une rumeur floue, comme ces voix indistinctes qu’on perçoit parfois dans les mauvais rêves. Comme s’il y avait eu quelqu’un dans sa chambre avec lui. Cette chambre où pourtant il dormait strictement seul depuis plusieurs mois. Il s’extirpa lentement de la lourdeur de son sommeil, clignant inutilement des yeux dans le noir. Les aiguilles fluorescentes de son vieux réveille-matin indiquaient deux heures quarante. Puis, il perçut distinctement comme un bruit, le bruit que fait un vêtement quand on effectue un mouvement brusque ; une onde fugitive, presque imperceptible. Il avait vaguement conscience de se trouver entre deux eaux, à mi-chemin entre le réel et le songe. Il se morigéna et se recroquevilla afin de se rendormir.

 

Ce bruit, de nouveau.

 

Il se redressa complètement. Dans la semi-pénombre qu’autorisaient les fentes des volets, la lumière incertaine d’un réverbère éclairait très faiblement certaines zones de la pièce. Deux silhouettes se dressaient au pied de son lit. Flavien sentit très précisément chaque poil de ses bras se hérisser. Il avait froid. Ce cauchemar n’allait-il donc pas s’achever ?

 

« Alors comme ça, tu n’aimes pas les SUV ? Ils ne sont pas assez bien pour toi ? »

 

La voix de Georges.

 

C’était lui. Aucun doute là-dessus. Cette voix un peu grasseyante, assourdie, comme étouffée par l’âge, la pauvreté des idées, l’inventaire de ses propres frustrations. « On a pourtant essayé de t’avertir… » reprit-il. L’autre ne disait rien. Il était impossible de distinguer son visage. La logique aurait voulu que Flavien allumât sa lampe de chevet, mais il n’en fit rien, comme paralysé par la terreur que lui inspiraient ces deux hommes, qui n’existaient peut-être pas mais refusaient de disparaître.

 

« On n’aime pas les têtes qui dépassent, vous savez. » L’autre visiteur avait pris la parole. Et bien entendu, c’était lui. Le vendeur. A présent, Flavien pouvait humer son parfum de supermarché, il l’aurait reconnu entre mille. « Vous vous prenez pour qui ? Un résistant ? Mais, mon pauvre vieux, ça ne sert à rien. Le marché a toujours raison. La majorité a toujours raison. La mode a toujours raison. Mais vous faites partie de ces gens qui veulent toujours jouer aux anticonformistes, qui veulent toujours se faire remarquer… C’est bien ça, hein ? »

 

Flavien tentait de déchiffrer les propos qu’on lui tenait, au milieu de la nuit, dans sa chambre de petit-bourgeois quadragénaire qui, après des années de sacrifices et d’efforts, avait fini par réaliser l’un de ses rêves. Un rêve qui n’appartenait qu’à lui ; de quel droit ces deux ectoplasmes venaient-ils essayer de le piétiner ? Il tenta de répondre quelque chose, mais ne parvint qu’à émettre une sorte de gargouillis, une protestation inintelligible qui fut balayée par le ricanement conjoint de ses visiteurs.

 

« Faut pas avoir peur, mon vieux. Tout peut encore s’arranger. N’est-ce pas ? Notre ami ici présent est prêt à faire un effort… » Georges essayait d’injecter une nuance de menace doucereuse dans chacune de ses phrases. Et, aussi étonnant que cela puisse paraître, il y réussissait, ce qui rendait la scène encore plus irréelle. Mais les bruits petits et étrangers que Flavien détectait n’avaient rien d’irréel : des chaussures que l’on frotte l’une contre l’autre, des respirations, les grincements du plancher, tout cela était horriblement concret.

 

Le vendeur reprit la parole. « Venez me voir la semaine prochaine… venez sans faute… les erreurs, tout le monde en commet… ça vous coûtera un peu d’argent et d’amour-propre, mais vous vous en remettrez... »

 

A présent, les deux silhouettes commençaient de s’évanouir, semblaient se dissiper, tandis que les derniers mots prononcés dans le silence sépulcral de la chambre résonnaient lugubrement : vous vous en remettrez… Et, dans le cœur de Flavien, une petite voix intérieure prenait le relais, se mettait à recouvrir les voix expirantes qui s’éloignaient. Au fond, ils ont raison… Tout ça n’a pas de sens… Dépenser autant d’argent pour ne pas faire comme les autres… c’est comme si je les jugeais… comme si je leur jetais leurs habitudes et leur absence de libre-arbitre au visage… comme si je les insultais, presque… c’est d’une prétention…   

 

Six heures quinze. La sonnerie stridente du réveil tira sans peine Flavien d’un sommeil perturbé. Il se souvint de ce qu’il avait éprouvé dans ce cauchemar où ses goûts en matière d’automobile étaient passés au crible des avis extérieurs, dont il n’avait, jusque-là, aucunement tenu compte. Il se rappela également les réactions que sa nouvelle voiture a suscité chez son fils, puis chez Georges. Il est clair qu’avec un choix aussi fort, aussi engagé, il n’avait pas choisi la meilleure façon pour éviter les lieux communs et les allusions douteuses, comme par exemple ceux entendus de la part de quelques collègues, quand au cours d’une pause déjeuner, il avait fait l’erreur de montrer sur son smartphone le modèle sur lequel il avait craqué : « Ah ouais d’accord ! Sacrée bagnole ! Et sinon y a qui d’autre dans ton service qui a été augmenté ? » 

 

Après l’enthousiasme initial qu’il avait éprouvé, Flavien subissait désormais les affres du doute.

 

En se dirigeant vers la salle de bains, encore dans la brume d’un réveil précipité après une nuit difficile, il heurta une chaise sur laquelle quelques effets avaient été négligemment déposés, et qui tombèrent sur le sol. Il les ramassa en grommelant et, parmi quelques prospectus et du courrier déjà ouvert, il découvrit une carte de visite. Sur celle-ci, figurait un logo BMW ainsi que la mention : « Sébastien Moreau, conseiller commercial VN ». Comment ne pas y voir un signe ? 

 

L’introspection ne quittait plus Flavien. Sous la douche, puis en se rasant, puis en buvant son café, il ne cessait de se demander si, au fond, toutes ces réflexions désobligeantes entendues auprès de son entourage plus ou moins proche n’allaient pas être une source de désagréments trop difficiles à surmonter. Les verbatim qu’il avait pu recueillir autour de lui en si peu de temps constituaient un exemple tangible des moments pénibles qui s’annonçaient quotidiennement pour lui.

 

Au bureau, dans la matinée, au cours d’un détour par l’espace détente pour son habituel expresso court sans sucre, Flavien croisa Guillaume, le directeur juridique de l’entreprise, et possesseur d’un Audi Q5 3 litres Diesel. Celui-ci ne manqua pas de remarquer une nouveauté sur le parking de l’établissement, et de s’interroger sur son appartenance.

 

« Dis donc, Flavien ! T’as vu la bagnole de kéké garée à côté de la 208 de Delphine ? »

—   Non… C’est quoi comme voiture ?

—  Une BMW rouge pétard avec une silhouette de coupé mais elle a quand même des portes arrière. J’étais un peu à la bourre donc j’ai pas pris la peine d’aller voir le nom, mais c’était du genre voyant ! Ce qui est sûr c’est que c’était pas une Série 3 ou 5 berline. 

—   Non, je n’ai pas fait attention… 

—  Attends tu veux rire ? On pourrait la voir même en pleine nuit tellement elle rutile ! 

—   Eh bien écoute, non, je n’ai pas vu cette auto… c’est peut-être le patron qui s’est fait un petit plaisir ?

—  Si c’est le cas, c’est ridicule ! 

—   Pourquoi donc ? 

—  Il a quand même la cinquantaine bien sonnée, c’est plus de son âge ce genre d’engin ! Ça fait vraiment quinqua qui n’assume pas de vieillir ! Et puis je te raconte pas les problèmes de lombaires auquel il s’expose à force de descendre dans une voiture aussi basse ! Moi, avec le Q5, j’ai pas ce problème-là, c’est quand même vachement agréable la position en hauteur. 

— Tu souffres du dos ?

— Non mais au moins, ça ne risque pas de m’arriver ! Je pourrais plus conduire autrement qu’en hauteur maintenant que j’y ai goûté. 

— Tous les goûts sont dans la nature…

— Ouais enfin, si on regarde le marché, on voit bien que ce ne sont pas ces bagnoles basses pour minets qui ont le vent en poupe de nos jours. Le mec qui a acheté ça, j’ose même pas imaginer ce qu’il va endurer le jour où il voudra la revendre, surtout dans cette couleur... il aurait pu aller au bout des choses, en faisant coller un message tout autour de la carrosserie, du genre : « Merci de prendre note du fait que je ne suis pas comme tout le monde, moi ! »

—   Peut-être qu’il s’en moque de la revente et des avis extérieurs…

— Attends, ça doit valoir des ronds quand même une voiture comme ça ! Moi, je ne m’imagine vraiment pas mettre ce genre de somme sans penser à l’amortissement et à la valeur résiduelle ! Faut que ça soit un minimum sécurisé quand on investit autant !

— C’est possible, oui… bon, vieux, je te laisse, j’ai du boulot qui m’attend : deux mails importants à envoyer au plus vite et après je file en réunion…

— Ça marche, le devoir m’appelle aussi de toute façon… allez, salut Flavien ! »

 

Cette conversation ne fit que renforcer le sentiment qu’éprouvait Flavien depuis le matin. Cette voiture n’allait pas lui faciliter la vie quotidienne, au contraire, et par-dessus le marché, il avait pu constater que le même moteur était disponible sur le X3. Il était arrivé tôt au travail et, avant d’attaquer sa journée, il avait pris la peine de lire des essais du SUV de milieu de gamme, plutôt élogieux sur les quelques sites qu’il avait visités. Flavien se plongea dans ses dossiers, envisageant désormais ce qui était encore pour lui inacceptable il y a quelques semaines. Guillaume était un collègue que Flavien tenait en haute estime et il avait la tête sur les épaules : son Q5 ne correspondait certainement pas à un choix dicté par des questions d’apparence et de conformisme. Un homme comme lui n’est pas assez crédule et influençable pour se faire attraper par les grossières ficelles du marketing, cette science odieuse qui fait et défait les modes. Non. Ces véhicules doivent forcément offrir un bénéfice dans leur valeur d’usage, se disait-il.

 

Il retourna dans son bureau, décrocha son téléphone, composa un numéro.

 

« Sébastien Moreau, conseiller BMW, bonjour ! 

—   Bonjour M. Moreau, Flavien Giraud à l’appareil, je ne vous dérange pas ? 

—  Bonjour M. Giraud ! Non, pas du tout, comment allez-vous ? 

—   Bien, je vous remercie.

—  Alors, en quoi puis-je vous être utile ? Vous avez une question sur le fonctionnement de votre voiture ? 

—  Pas exactement, non… en fait, je…

—   Laissez-moi deviner, l’interrompit-il d’un ton narquois : vous vous en êtes déjà lassé et vous regrettez d’avoir laissé passer mon offre sur le X5 !

—   Eh bien… à vrai dire, j’aimerais que nous en parlions directement, répondit Flavien d’une petite voix contrite. Pourriez-vous me recevoir ce soir ?

 

Ils convinrent de se retrouver vers 18 heures 30 ; la matinée se poursuivit sans incidents notables. A l’issue de la réunion à laquelle Flavien participa, la décision fut prise, pour la majorité du groupe, d’aller déjeuner dans un nouveau restaurant italien dont Christian, le responsable commercial, avait entendu parler en des termes élogieux. Ce dernier proposa à plusieurs personnes, dont Flavien, de l’accompagner en covoiturage.

 

Quatre personnes prirent donc place dans un Peugeot 3008 GT diesel 180 chevaux. Flavien lui trouva une certaine allure, affublé de jantes de 19 pouces biton et d’une teinte Bleu Magnetic et interpella le conducteur, assis à côté de lui.

 

« Tiens, elle est où ta Mercedes, Christian ? Tu as changé de voiture ?

—   Non, c’est la nouvelle voiture de ma femme, je lui ai laissé la Classe C ce matin car ce soir, je vais chercher le fiston à son entraînement de foot et, depuis que le 3008 est à la maison, il n’a d’yeux que pour lui… il m’a même dit que la mienne faisait papy et la grande qui va commencer la conduite accompagnée le mois prochain pense la même chose, d’ailleurs elle a posé ses conditions et « ne veut conduire que la voiture de Maman »… une voiture de sept ans qui fait « papy », les ados des fois je te jure…

—   À qui le dis-tu, rétorqua Flavien, qui bénéficiait d’une récente sensibilisation sur ce sujet.

—   Remarque, il n’a pas complètement tort le gamin : ils ont fait un sacré bond en avant chez Peugeot ces dernières années ! Cet intérieur, j’en suis fan ! En plus, la qualité générale a fait de sacrés progrès, si bien que, même si ça me coûte de le dire, je ne vois plus de réelles différences avec du Mercedes de la gamme actuelle ! Et puis la position de conduite est quand même bien agréable, j’étais sceptique au début mais j’avoue humblement que dès que je peux lui piquer sa voiture à ma chère et tendre, je ne m’en prive pas ! Avec ce petit volant en plus, t’as même pas l’impression de conduire un quatre-quatre, mais plutôt une bagnole de sport !

—   Attention, c’est un véhicule à deux roues motrices, pas un quatre-quatre, précisa Flavien.

—   Oui, je sais bien, c’est une façon de parler, hein, tu m’as compris… en fin de compte, t’as les avantages du quatre-quatre sans les inconvénients. Le look est super sympa, ça reste confortable, on ne craint plus pour ses pare-chocs dès qu’on croise une de ces conneries de ralentisseurs toujours trop hauts, et très franchement, le fait que ce soit une traction, je m’en contrefous, je n’irai jamais mettre cette voiture dans de la caillasse ou des flaques de boue. Si on la salit, ce sera avec des traces de neige fondue, de sel et de boue en revenant de Chamonix. 

—   Donc en gros, tu es conquis ? 

—   Ah oui, complètement ! Je vais voir si au prochain renouvellement du parc des véhicules de fonction je ne pourrais pas avoir soit un GLC, soit un 5008… les berlines à papa, ça a du plomb dans l’aile, faut bien le reconnaître !

—   C’est dingue, après tant d’années en berlines Mercedes, je ne t’imaginais pas tenir ce discours… 

—   Moi non plus à vrai dire, mais franchement, ça m’emballe totalement ! Et puis, ces nouveaux intérieurs chez Peugeot, c’est une franche réussite !

—   La nouvelle 508 a aussi un intérieur dans ce style, ça ne te dirait pas ? 

—   Mouais… c’est vrai qu’elle est plutôt sympa de ligne, elle fait moins échappée d’un parc roulant de préfecture que la précédente, c’est sûr mais entre nous, esthétiquement parlant, ils ont pompé sur les Allemands, et il n’y a de la clientèle que pour les Allemands sur ce genre d’autos aujourd’hui, et encore… alors franchement, le type qui va acheter ça, c’est soit un patriote économique, et il faut saluer son geste, soit c’est un masochiste dont on peut copieusement ricaner !

 

Conversation animée aidant, le restaurant était en vue. Flavien n’avait plus l’air tourmenté mais convaincu, comme si le même message avait été enregistré puis accepté par son inconscient à force de répétition.

 

Après un repas agréable, l’après-midi se déroula plutôt sereinement. Entre les dossiers du moment, un rendez-vous avec un client, quelques coups de téléphone, le temps s’écoula très vite et, vers 18 heures 10, Flavien descendit dans le parking et s’installa au volant de la 440i. Il avait perdu la lueur d’émerveillement qu’il avait dans les yeux quelques jours auparavant ; il arborait un air décidé, comme s’il avait souhaité classer l’affaire au plus vite pour passer à autre chose et ne plus courir le risque d’être traité de vieux beau ou, pire encore, de revivre la nuit qu’il avait vécue il y avait de cela moins de vingt-quatre heures. Comme en filigrane, les terrifiantes intrusions hypniques de Georges et du vendeur avaient laissé des traces.

 

Flavien se mit en route pour la concession. Il pensait déjà à la configuration des options et des coloris intérieurs de son X3, en se disant qu’il essaierait d’obtenir un résultat visuel aussi proche que possible de celui qu’il avait sous les yeux à cet instant, car, il n’allait pas se mentir, il l’aimait quand même beaucoup. Pour penser à autre chose, il alluma la radio et tomba sur les actualités du soir. La perspective ne l’enchantait guère et il balaya la bande FM jusqu’à entendre une chanson, qu’il reconnut instantanément avec ses notes de saxophone soprano et ses paroles qui disaient à cet instant précis :

 

If "manners maketh man" as someone said
He's the hero of the day
It takes a man to suffer ignorance and smile
Be yourself no matter what they say…

 

Cette chanson de Sting, intitulée Englishman in New York, il la connaissait très bien et, pour tout dire, il l’appréciait beaucoup. Soudainement, il réalisa que le message qu’elle portait lui était possiblement adressé : sois toi-même, peu importe ce qu’ils disent. Et que s’apprêtait-il à faire ? Il était sur le point d’aller se renseigner sur les conditions pour faire reprendre une voiture neuve, convoitée depuis longtemps, configurée avec minutie au plus près de ses goûts, attendue avec impatience — pour la remplacer par un véhicule qui représentait à peu près tout ce qu’il détestait. A cet instant, il était presque arrivé, mais son esprit était troublé. Il se gara un peu au hasard sur le parking d’une enseigne de bricolage et descendit de sa voiture. Il en fit le tour, et à cet instant il eut une pensée pour son père, qui avait détesté la sortie du premier X5 en 1999, qu’il avait considéré comme une authentique trahison aux valeurs fondatrices de sa marque de cœur… Qu’aurait-il dit s’il avait pu assister à l’arrivée d’une Série 4 GranCoupé dans le garage de son fils ?

 

« Dis donc, Monsieur a du goût ! Ça au moins, c’est une vraie Béhème ! Quand on voit le nombre de bagnoles pseudo-4x4 pour beaux quartiers qu’ils font aujourd’hui… il paraît même qu’ils fabriquent des monospaces en traction ! Bravo pour ton choix, mon fils ! Tu me la prêteras quelques jours, histoire de voir les progrès accomplis par rapport à ma bonne vieille 735i ? »

 

Flavien ne pouvait se dédire à ce point. Accepter d’acquérir un SUV, c’était renoncer à ses convictions, à ses goûts, à ses singularités. Juste à ce moment, une Audi A5 Sportback blanche arriva sur le parking et vint se garer à côté de la BMW. Le conducteur en ouvrant sa portière, ne put retenir un sifflement d’admiration.

 

« Très belle voiture, dites-moi… J’ai hésité avec ce modèle lorsque j’ai acheté mon Audi. Mais j’ai de bonnes relations avec mon concessionnaire qui m’a fait des conditions tarifaires impossibles à refuser, et mon épouse n’aime pas les intérieurs BMW… »

—   Je vous remercie. J’aime beaucoup l’A5 Sportback aussi mais, au contraire de votre épouse, je ne jure que par BMW, je suis tombé dans la marmite très jeune, voyez-vous, mon père était amoureux de la marque…

—   Je vois très bien ce que vous voulez dire ! Le mien n’a jamais eu rien d’autre que des Volvo, j’ai commencé avec une 244 DL de 320000 kilomètres dont il venait d’achever le rodage, si vous voyez ce que je veux dire… il n’a pas aimé quand je suis passé chez Audi avec une A4 Avant Quattro… en tout cas, je tenais à vous féliciter pour avoir osé le choix d’un coupé quatre portes ! D’autant que vous avez été au bout de la démarche si je puis me permettre. Moi, j’ai été freiné par madame pour la couleur : c’était blanc, gris ou noir, ou alors un bleu qui ne me plaisait pas…

—   Je vous retourne le compliment ! Nous qui préférons « descendre » dans nos voitures sommes minoritaires aujourd’hui, hein ?

—   Ne m’en parlez pas… si vous saviez ce que le commercial Audi à qui j’ai eu affaire a déployé comme trésors d’imagination pour me faire acheter un Q5… 

—   Je vois très bien, oui, répondit Flavien, en qui les propos de son interlocuteur arboraient une résonance bien particulière. D’ailleurs je me rends justement de ce pas chez BMW…

—   Fort bien ! Alors, bonne soirée et bonne route, prenez soin de votre belle auto, les gens qui osent acheter ce qui leur plaît sans tenir compte de la mode, c’est trop rare de nos jours…

 

Avec conviction, Flavien reprit son chemin… il était un peu en retard à cause de cette rencontre impromptue mais d’autant plus réconfortante. Quand il arriva sur le parking de la concession, le vendeur fumait une cigarette à proximité de la porte d’entrée, un sourire hypocrite aux lèvres.

 

« Bonsoir M. Giraud ! Alors, ces premiers tours de roues en GranCoupé : concluants ? 

—   Très ! Je suis comblé ! Mais je tenais néanmoins à vous voir car j’ai tout de même une forme de regret concernant cette voiture.

—   Vraiment ? (Il arborait un petit air satisfait, comme s’il se disait intérieurement « Je t’avais prévenu, mon gars… On ne peut rien contre la mode ! »)

—   Oui, ça me coûte de le dire, mais en dépit de son formidable moteur et de sa ligne magnifique, il me manque quelque chose…

—   Laissez-moi deviner… être assis plus haut et avoir une transmission xDrive ?

—   Oh que non… de ce point de vue là, aucun risque de ressentir le moindre manque, soyez-en sûr.

—   Alors de quoi s’agit-il ?

—   Eh bien… à vrai dire je trouve le son du moteur très feutré. Presque trop. Je n’ai évidemment pas encore été voir ce qui se passe au-dessus de 2500 tours/minute mais j’ai la conviction que j’ai oublié de cocher une option : celle du silencieux d’échappement « M Performance » qui magnifie la voix de ce six cylindres sans que le volume sonore ne devienne excessif, si j’en crois ce que j’ai pu entendre sur des vidéos YouTube. Ce matin je n’avais pas beaucoup de temps à vous consacrer, d’où ma volonté de vous en parler maintenant. Ma question est la suivante : est-il possible de monter cela en accessoire ?

—   Oui, bien sûr ! C’est une ligne d’accessoires officiels, compatible sur votre véhicule et on pourra vous monter ça sans problème en après-vente.

—   Parfait, voilà une excellente nouvelle ! Je me vois déjà en train d’ouvrir les vitres pour profiter du son en me garant dans mon parking souterrain… Et quel serait le tarif, montage compris ? 

—   Là, je ne peux pas vous répondre avec exactitude ; le responsable du service pièces détachées et le chef d’atelier sont déjà partis... Je dirais approximativement autour de 2000 euros… mais d’ici demain, je vous envoie sans faute un mail avec des informations précises, des photos et un devis. 

—   C’est très aimable à vous, merci.

—   Mais je vous en prie…

—   Notez bien que rien ne presse, n’est-ce pas… on pourra s’en occuper lors de la première visite de contrôle à 5000 kilomètres…

—   Quand vous voulez, lui dit-il dans un sourire qui n’atteignit pas son regard.

 

Flavien prit congé et traversa le hall d’exposition, toujours aussi bien garni en X1/2/3/4/5/6/7, en fredonnant un refrain qu’il n’arrivait plus à s’enlever de la tête…

 

Oh oh I’m an alien I’m a legal alien,

I’m an englishman in New York… 

 

 

Nicolas Fourny & Anthony Desruelles